Sur le parchemin, au milieu de la mer, une étoile est dessinée à l’encre. De son centre partent des lignes fines qui traversent toute la carte, comme les rayons d’une roue posée sur la Méditerranée. À l’un des bouts, tout en haut, une petite fleur de lys. Qui l’a posée là, et pourquoi ? C’est la rose des vents, et elle est plus ancienne que la boussole que l’on croit lui avoir donné naissance. Ses huit vents, ses seize ou ses 32 airs de vent ont leurs noms, leurs légendes, et un sens que l’on porte volontiers au cou ou au poignet.
Des lignes qui partent d’un seul point
Vers la fin du XIIIe siècle, les marins de Méditerranée utilisent des cartes que l’on appelle des portulans. Les plus anciennes, dont la carte Pisane, ne sont pas datées. Le plus ancien portulan daté, signé du Génois Pietro Vesconte, porte l’année 1311. Ces cartes ont un point commun : elles sont couvertes de lignes qui rayonnent depuis des centres que l’on finira par orner d’une étoile, et chaque ligne désigne un vent, donc une direction. Notre guide pour lire une carte marine montre ce qu’elles sont devenues.
Le principe est simple. Pour aller d’un port à un autre, on peut poser une règle sur la carte, repérer la ligne la plus proche de la route voulue, et savoir quel vent nommer pour la suivre.
Une rose avant la boussole
À l’origine, la rose des vents est un cercle de noms. Les marins y lisent des vents, qu’ils connaissent par leurs noms et par leurs humeurs. L’aiguille aimantée viendra plus tard se poser au centre de cette rose, et l’instrument qui en résulte garde, aujourd’hui encore, le même dessin sous l’aiguille.
Huit vents sur la tour d’Athènes
Quand on cherche l’ancêtre de la rose, il faut remonter bien avant les portulans. À Athènes, dans l’ancienne agora romaine, une tour de marbre à huit côtés porte sur chacune de ses faces un vent sculpté en relief. On l’appelle la Tour des Vents. On la date en général du milieu du Ier siècle avant notre ère, certaines sources la vieillissent d’un siècle. Borée y représente le vent du nord, Notos celui du sud, Zéphyr celui de l’ouest. Au sommet, une girouette en bronze en forme de triton, dont parle Vitruve, tournait pour montrer d’où soufflait le vent.

Pourquoi huit ?
Les Grecs ont nommé les vents bien avant de les compter, et les sources ne s’accordent pas sur leur nombre : douze selon certaines, huit pour la tour. Les marins médiévaux ont retenu huit vents principaux, comme sur la tour, et la rose à huit branches que l’on voit encore sur un pendentif en rappelle le dessin.
Les huit vents de la Méditerranée
Les marins italiens ont donné à chaque direction un nom qui s’est répandu sur toutes les rives. Voici les huit vents principaux de la rose méditerranéenne, avec leur direction et leur cap.
| Direction d’où vient le vent | Direction (degrés) | Nom traditionnel |
|---|---|---|
| Nord | 0° | Tramontana |
| Nord-est | 45° | Grecale |
| Est | 90° | Levante |
| Sud-est | 135° | Scirocco |
| Sud | 180° | Ostro (ou Mezzogiorno) |
| Sud-ouest | 225° | Libeccio |
| Ouest | 270° | Ponente |
| Nord-ouest | 315° | Maestrale |
D’où viennent ces noms ?
Plusieurs noms se laissent lire comme des cartes postales. La tramontana vient du latin « trans montes », au-delà des montagnes : c’est le vent qui arrive de derrière les monts. Le grecale tire son nom de la Grèce, d’où il souffle pour un marin italien, et le libeccio de la Libye. Pour le scirocco, les sources se partagent : on le rattache tantôt à la Syrie, tantôt à un mot arabe, sans que l’on sache lequel. Le maestrale et le mistral partagent la même racine latine, « magistralis » : le vent maître. Sur les roses médiévales, on lit plutôt Greco et Maestro, et les directions sont notées par leurs initiales.
Pour mettre ces noms en situation, notre article sur les grands vents de Méditerranée raconte ce que chacun fait à la mer et à ceux qui la traversent.
De huit à 32 : lire une rose des vents
Sur une carte ancienne, huit branches ne suffisent pas. On coupe chaque intervalle en deux pour obtenir seize directions, puis encore en deux pour atteindre 32 airs de vent. Le cercle compte 360 degrés : divisé en 32 parts, chaque air occupe 11,25°. Les noms deviennent plus longs, comme « nord-quart-nord-est » ou « nord-nord-est », que les marins apprenaient par cœur.
Combien de branches pour quel usage ?
- Quatre branches : les points cardinaux seuls, nord, est, sud, ouest.
- Huit branches : on ajoute les quatre directions intermédiaires. C’est le dessin le plus courant en bijou.
- Seize branches : le dessin des cartes soignées, avec une étoile plus fournie.
- Trente-deux branches : celui des anciens portulans et des compas de bord.
Un détail qui évite les erreurs
Un marin nomme un vent d’après l’endroit d’où il vient. Un vent d’ouest souffle de l’ouest vers l’est. Pour un courant, c’est l’inverse : on dit qu’il porte à l’ouest quand il va vers l’ouest. Cette convention inversée prête à confusion quand on débute. Pour mesurer la force du vent, rendez-vous à l’échelle de Beaufort.

Pourquoi une fleur de lys au nord ?
Sur la plupart des roses des vents anciennes, le nord est marqué d’une fleur de lys. On la voit sur les cartes anciennes, sur les compas. On en attribue la première représentation nette au cartographe portugais Pedro Reinel, sur une carte d’environ 1504. Le motif a ensuite été repris sur d’autres cartes, et il a traversé les siècles.
La légende d’Amalfi
On raconte qu’un marin d’Amalfi, Flavio Gioia, aurait inventé la boussole vers 1300, et qu’il aurait marqué le nord d’une fleur de lys en l’honneur de son roi, un souverain de la famille de France qui régnait alors à Naples. Une statue de Flavio Gioia domine encore Amalfi. Mais il est probable que cet homme n’ait jamais existé : Flavio Biondo, historien du XVe siècle, rapportait que la boussole avait été inventée à Amalfi. Un auteur de 1511 l’a cité (« selon Flavio »), et une virgule mal placée aurait transformé la source en inventeur. La boussole, de son côté, serait venue d’Orient.
Alors, pourquoi la fleur de lys ? Les sources ne le disent pas avec certitude. L’histoire d’Amalfi est belle, c’est une légende, et nous la gardons comme telle.
Rose des vents et boussole : ne pas les confondre
On emploie souvent les deux mots l’un pour l’autre. La rose des vents est le dessin : l’étoile, ses branches, ses lettres. La boussole est l’instrument, avec son aiguille aimantée. Elles se rejoignent sur le cadran, où la rose sert de graduation. Notre article sur la boussole, son histoire et son fonctionnement raconte l’autre moitié de l’histoire.
Laquelle choisir en bijou ?
L’article sur la boussole traite déjà ce choix en détail : c’est lui qu’il faut lire avant d’acheter.
Ce que symbolise la rose des vents
On y lit l’orientation, le fait de savoir où l’on va, et celui d’avoir un point fixe quand tout bouge. Pour les uns, elle représente le voyage et l’envie de partir. Pour d’autres, elle parle du retour : on la choisit pour rester relié à ceux que l’on retrouvera. Elle accompagne volontiers un départ, un nouveau chapitre ou un cap que vous vous donnez à vous-même.
Ces sens viennent de la tradition populaire et de l’usage : ce sont des interprétations. Pour les autres symboles marins, notre guide sur la signification des bijoux marins les passe en revue : ancre, gouvernail, boussole.
À offrir pour quelle occasion ?
Un départ à l’étranger, un diplôme, un déménagement, une naissance, un changement de vie : la rose des vents convient à tout moment où quelqu’un choisit une direction. Si vous aimez les cartes et les voyages, elle vous ressemblera.

Bien choisir une rose des vents en bijou
Quelques points à regarder avant d’acheter.
- Le nombre de branches : quatre pour un dessin très sobre, huit pour le classique, seize pour un motif plus fouillé.
- Le nord : sur une rose fidèle, il est marqué d’une fleur de lys ou d’une lettre N. Vérifiez qu’il est bien orienté vers le haut quand le bijou est porté.
- Les lettres : N, E, S, O, ou aucune. Sans lettres, le dessin est plus sobre ; avec, il se lit comme un vrai cadran.
- La matière et la finition : un métal poli donne un dessin net, un métal vieilli met en valeur le relief des branches.
Notre bague boussole et ancre porte une rose des vents cerclée de cordage : elle se trouve parmi les bagues. Parmi nos colliers et pendentifs, la boussole est le motif le plus proche. Vous trouverez aussi des motifs de gouvernail et d’ancre dans nos bracelets, et l’ensemble de la sélection dans les bijoux marins, pour composer une tenue autour de la mer.
Comment l’entretenir ?
Essuyez-la avec un chiffon doux après l’avoir portée, évitez le contact avec les parfums et les produits ménagers, et rangez-la au sec. Pour choisir un bijou marin selon qui le porte, lisez notre guide bijoux marins pour homme ou pour femme.
Questions fréquentes sur la rose des vents
Qu’est-ce qu’une rose des vents ?
Une étoile dont les branches indiquent les directions : points cardinaux et directions intermédiaires.
Combien y a-t-il de vents sur une rose des vents ?
Huit pour la rose simple, seize ou 32 pour les roses détaillées des cartes et des compas.
Pourquoi la fleur de lys est-elle au nord ?
On ne le sait pas avec certitude. Le motif est attesté sur les cartes vers 1504 ; une légende l’attribue à un marin d’Amalfi, mais ce personnage a sans doute été inventé.
Quel est le nom des huit vents de la Méditerranée ?
Tramontana au nord, grecale au nord-est, levante à l’est, scirocco au sud-est, ostro au sud, libeccio au sud-ouest, ponente à l’ouest et maestrale au nord-ouest.
La rose des vents est-elle plus ancienne que la boussole ?
Oui. Les anciens ont nommé et dessiné les vents bien avant que l’aiguille aimantée serve aux marins.
Que signifie une rose des vents en bijou ?
Les directions que l’on choisit, le voyage et le retour. Ce sont des interprétations d’usage, sans texte ancien derrière.
Quelle différence entre rose des vents et boussole ?
La rose est le dessin des directions ; la boussole est l’instrument qui montre le nord.
La fleur de lys, encore
Revenons à la carte et à sa petite fleur tout en haut. Nous ne savons pas qui l’a posée là, ni pourquoi, et c’est peut-être ce qui la rend plus attachante : des marins s’y sont fiés pendant des siècles sans se demander d’où elle venait. La prochaine fois que vous croiserez une rose des vents, sur un mur, sur une carte ou au creux d’un pendentif, cherchez le nord. Le reste s’en déduit.