Vous dépliez une carte marine sur une table de port et, d’un coup, la mer devient lisible. Des chiffres minuscules couvrent le bleu, des croix marquent des cailloux, un petit drapeau signale un feu, une ligne pointillée trace un chenal. Un lieu que vous n’avez vu que de la plage se révèle en dessous de la surface : ses hauts-fonds, ses passes, ses mouillages. Lire une carte marine, c’est apprendre à voir sous l’eau. Voici comment lire une carte marine, ce que veulent dire les sondes et les symboles, et pourquoi l’on dit que l’erreur la plus courante est de croire que le chiffre indique la profondeur du moment.
Des portulans aux cartes actuelles
Les premières cartes pour marins, les portulans, apparaissent en Méditerranée vers la fin du XIIIe siècle. Dessinées sur parchemin, elles tracent les côtes, les ports et les rhumbs, ces lignes qui rayonnent de roses des vents. Elles servaient à aller d’un port à l’autre en suivant un cap. Les cartes modernes ont gardé l’esprit, mais le contenu a changé : elles reposent sur des relevés précis des fonds, des courants et des dangers, publiés par des services hydrographiques, comme le SHOM en France. Que la carte soit en papier ou électronique, elle se lit avec les mêmes idées.
Papier ou carte électronique ?
Les deux coexistent. Le papier ne tombe jamais en panne de batterie ; l’électronique se met à jour facilement et affiche votre position. Un point de vigilance : les symboles affichés sur un écran peuvent différer de ceux des cartes imprimées. Quel que soit le support, naviguez sur la carte la plus détaillée disponible, et tenez-la à jour.
Le zéro des cartes : d’où l’on mesure la profondeur
Les chiffres inscrits sur l’eau s’appellent des sondes. Ils indiquent la profondeur, mesurée à partir d’un niveau de référence appelé zéro hydrographique, ou zéro des cartes. Ce niveau est voisin de celui des plus basses mers possibles : en général, d’après le SHOM, les profondeurs sont rapportées au niveau de la plus basse mer astronomique, correspondant à un coefficient de 120. Une sonde est donc une profondeur minimale : la mer est le plus souvent au-dessus de ce niveau, jamais en dessous (en dehors des effets de la météo).
Sonde et hauteur d’eau : ne pas confondre
La profondeur réelle à un instant donné est la somme de la sonde et de la hauteur d’eau de la marée à ce moment-là. Une sonde de 2,3 m (notée 23 ou « 23 » en italique sur les cartes papier) associée à une hauteur d’eau de 4 mètres donne 6,3 mètres de profondeur. Notre article sur la règle des douzièmes montre comment estimer cette hauteur d’eau heure par heure. Ignorer cette addition est la cause de nombreux échouages.
Les chiffres et leurs soulignements
- Un chiffre simple, en italique : une profondeur, en mètres et décimètres jusqu’à une vingtaine de mètres, puis en mètres au-delà.
- Un chiffre souligné : un fond qui découvre à marée basse, c’est-à-dire qui émerge ; le chiffre indique la hauteur au-dessus du zéro des cartes.
- Un chiffre droit, non italique : une altitude, par exemple celle d’un feu ou d’un sommet.

Pourquoi les fonds qui découvrent comptent autant
Sur une plage, un haut-fond n’est qu’une zone plus claire. Sous un bateau, c’est un risque. Un fond qui découvre à marée basse peut être couvert de plusieurs mètres d’eau à pleine mer et ne montrer aucun signe de danger. C’est pourquoi les marins consultent à la fois la carte et les horaires de marée avant de passer près d’une roche ou d’entrer dans une baie peu profonde.
Les symboles à reconnaître
Une carte marine utilise des centaines de symboles, standardisés par l’Organisation hydrographique internationale. Voici ceux qu’un passionné apprend en premier.
- Une croix : un rocher, parfois couvert à marée haute.
- Une ancre : un mouillage conseillé.
- Une étoile ou un point avec des rayons : un feu ou un phare, avec ses caractéristiques (couleur, rythme).
- Un triangle ou un cône : une bouée ou une balise, de forme et de couleur propres au côté du chenal.
- Une ligne pointillée : une limite, un chenal ou un câble sous-marin.
Rouge et vert : le balisage latéral
En venant du large vers un port, on laisse les marques vertes à tribord (droite) et les rouges à bâbord (gauche) dans la zone dite A, qui comprend l’Europe. Notre article sur bâbord et tribord rappelle l’origine de ces côtés.
Mesurer une route sur la carte
Une carte marine est conçue pour tracer des routes. On y porte un cap avec une règle, on mesure une distance avec un compas à pointes sèches, en reportant l’écartement sur l’échelle verticale des latitudes (une minute d’arc égale un mille nautique). Notre article sur le mille nautique détaille ce principe. Même à l’heure du GPS, tracer une route à la main aide à comprendre un trajet et à repérer ses dangers.
La déclinaison : le cap sur la carte et le cap au compas
Le nord de la carte (le nord vrai) et le nord du compas (le nord magnétique) ne coïncident pas toujours. L’écart, appelé variation magnétique, est indiqué sur la rose de la carte. Notre article sur la variation magnétique explique comment le calculer.

Lire une carte avant un voyage, sans bateau
Une carte marine se lit aussi comme un livre de voyage. Elle vous montre où se trouvent les plages abritées, les passes difficiles, les îles discrètes, les mouillages recommandés. Avant de partir en croisière, la regarder avec le programme de l’escale donne un sens à ce que vous verrez depuis le pont. Certaines cartes anciennes sont aussi de beaux objets à encadrer, comme un souvenir d’une côte aimée.
Les feux et les phares : lire la nuit sur la carte
Un phare ne se reconnaît pas seulement à sa silhouette, mais à sa lumière. Chaque feu a un rythme et une couleur qui lui sont propres, indiqués sur la carte par des abréviations : un feu à éclats, un feu à occultations, un feu fixe, avec une période en secondes et une portée en milles. En mer la nuit, on compte les secondes entre deux éclats pour reconnaître le phare que l’on voit et vérifier sa position. Un passionné de mer peut s’y exercer depuis une plage : repérez un feu au loin, chronométrez-le, et cherchez-le sur la carte ou dans un livre des feux.
Que veulent dire « portée » et « hauteur » ?
La portée est la distance à laquelle on peut voir le feu par temps clair. La hauteur est l’altitude de la lumière au-dessus du niveau de la mer. Plus un phare est haut, plus il se voit de loin, dans la limite de la courbure de la Terre.
Un dernier conseil : écrivez sur votre carte, au crayon. Une route, une heure, une observation, une remarque sur un mouillage : une carte annotée devient un journal de bord. Les cartes de grands navigateurs, couvertes de notes, ont presque autant de valeur que leurs récits. Utilisez un crayon plutôt qu’un stylo : il s’efface, il résiste à l’humidité et il permet de corriger une route sans abîmer le papier, ce qui compte quand on garde la même carte plusieurs saisons de suite.
Les erreurs fréquentes
- Confondre la sonde et la profondeur du moment.
- Ignorer un chiffre souligné, qui signale un fond découvrant.
- Se fier à une carte non mise à jour.
- Mesurer une distance sur l’échelle horizontale.
- Négliger la différence entre nord vrai et nord magnétique.
Tableau : lire un chiffre sur la carte
| Ce que vous voyez | Sens | Exemple | À retenir |
|---|---|---|---|
| Chiffre en italique | Sonde (profondeur au zéro des cartes) | 8,4 | Ajoutez la hauteur d’eau de la marée |
| Chiffre souligné | Fond qui découvre | 1,2 souligné | Émerge à marée basse |
| Chiffre droit | Altitude | 25 (feu) | Hauteur au-dessus d’un niveau de référence |
| Croix | Rocher | Croix isolée | Passer largement au large |
Questions fréquentes sur la carte marine
Qu’est-ce que le zéro hydrographique ?
Le niveau de référence des profondeurs sur la carte, voisin des plus basses mers.
Comment connaître la profondeur réelle ?
En additionnant la sonde et la hauteur d’eau de la marée à l’heure considérée.
Que signifie un chiffre souligné ?
Un fond qui découvre à marée basse.
Où trouver des cartes marines ?
Chez les distributeurs nautiques, dans les capitaineries et auprès du SHOM pour les cartes françaises.
Faut-il encore une carte papier ?
Beaucoup de navigateurs en gardent une comme secours en cas de panne électronique.
Peut-on reproduire une carte du SHOM ?
La reproduction est soumise à autorisation préalable du SHOM ; renseignez-vous avant de copier ou de diffuser une carte.
Voir sous la surface
Une carte marine ne montre pas la mer : elle montre ce qu’elle cache. Avec quelques notions, vous lirez les sondes, repérerez les dangers, et comprendrez pourquoi un passage tranquille à marée haute devient piégeux à marée basse. Gardez-en une dans votre cabine ou sur un mur. Et si vous voulez la porter au poignet, parcourez nos bijoux marins.