En 1844, l’Amirauté britannique interdit un mot : « larboard », le côté gauche du navire. Les ordres criés dans le vent et le fracas des vagues ressemblaient trop à « starboard », le côté droit, et un barreur qui se trompait de côté pouvait perdre un bateau. Le mot « port » prit la place, et la marine américaine suivit en 1846, d’après les sources secondaires que nous avons consultées. Cette petite histoire dit tout de bâbord et tribord : deux mots que l’on prononce pour ne jamais se tromper. Voici ce qu’ils signifient exactement, d’où ils viennent, comment ne pas les confondre, et ce que vous apprenez en les comprenant, que vous soyez équipier, passager d’un ferry ou simple curieux.

Bâbord et tribord : la définition simple

Quand on regarde vers l’avant du bateau, la proue, bâbord est le côté gauche et tribord le côté droit. Cette précision compte : les mots désignent des côtés du navire, pas des côtés de la personne qui parle. Que vous soyez tourné vers l’arrière, assis face au mât ou allongé dans la cabine, bâbord reste le côté gauche du bateau lorsque l’on regarde vers l’avant.

Cette fixité est le véritable intérêt du vocabulaire marin. Un équipier qui crie « homme à tribord ! » n’a pas besoin de dire où il se trouve : tout le monde sait de quel côté regarder, quelle que soit sa propre orientation.

D’où viennent ces deux mots ?

Les deux mots remontent aux langues du nord de l’Europe, comme une grande partie du vocabulaire maritime. Tribord vient du vieux norrois stýribord, « le bord du gouvernail ». Dans les navires anciens, la direction se faisait à l’aide d’un aviron de queue fixé du côté droit de la coque : c’était le bord de l’aviron de gouverne. Par transmission à travers le néerlandais, le mot a donné « tribord » en français.

Bâbord a une origine plus discutée. On l’associe généralement au néerlandais bakboord, « le bord du dos » : le barreur tournait le dos à ce côté, puisque l’aviron de gouverne était à droite. Le côté gauche se trouvait donc derrière lui. Les spécialistes ne s’accordent pas sur tous les détails de cette évolution, mais cette explication est la plus répandue.

Pourquoi le gouvernail était-il à droite ?

La raison la plus souvent avancée est pratique : la plupart des gens sont droitiers, et manier un long aviron de queue est plus naturel de la main droite. Cette habitude a fixé la position du gouvernail sur le côté droit pendant des siècles. Notre article sur le gouvernail raconte son évolution.

Pourquoi ne pas dire simplement gauche et droite ?

Le vocabulaire marin s’est imposé parce qu’il supprime l’ambiguïté. Dans une manœuvre, un ordre mal compris peut coûter un bateau ou une vie. « À gauche » pour qui ? Pour celui qui regarde vers l’avant, vers l’arrière, vers le large ? Avec bâbord et tribord, la réponse est unique. Les marins utilisent aussi « avant » et « arrière », « au vent » et « sous le vent », pour la même raison.

L’habitude est d’ailleurs internationale : en anglais, port et starboard jouent le même rôle. Le mot anglais port a remplacé un ancien terme, larboard, que l’on confondait à l’oreille avec starboard dans le bruit.

Comment ne jamais les confondre ?

Plusieurs moyens mnémotechniques existent. Voici les plus utiles.

  • Le rouge à gauche. Le feu de bâbord est rouge, celui de tribord vert. En anglais, on retient « port wine is red » (le porto est rouge).
  • Tribord = droite = vert. En entrant dans un port d’Europe, la balise verte reste à votre droite, la rouge à votre gauche.
  • Le geste. Pointez le doigt vers l’avant, bras tendu : votre bras gauche montre bâbord, votre bras droit tribord.

Choisissez celui qui vous parle et répétez-le à bord : en quelques sorties, le réflexe s’installe.

Équipier sur le pont tendant le bras gauche vers l’avant du voilier pour montrer bâbord, de dos
Bras gauche tendu vers l’avant : le geste qui fixe bâbord une fois pour toutes.

Les feux de navigation : rouge à bâbord, vert à tribord

La nuit, la couleur des feux d’un bateau indique de quel côté vous le voyez. À bâbord, le feu est rouge ; à tribord, il est vert ; à l’arrière, un feu de poupe blanc complète l’ensemble. Si vous voyez deux feux, un rouge et un vert, le bateau se dirige vers vous. Si vous n’en voyez qu’un, vous êtes sur son côté. Cette convention internationale permet de comprendre la route d’un navire sans le voir.

Feu vert de tribord allumé sur la lisse d’un voilier au crépuscule, mer calme
À tribord, le feu est vert ; sa couleur indique le côté droit du bateau.

Que faire si un bateau arrive par tribord ?

Pour deux bateaux à moteur dont les routes se croisent, celui qui voit l’autre sur sa droite doit lui céder le passage. Entre deux voiliers qui reçoivent le vent de côtés opposés, celui qui le reçoit par tribord (tribord amures) est prioritaire sur celui qui le reçoit par bâbord. Ce sont deux règles parmi d’autres, que le règlement international pour prévenir les abordages détaille : apprenez-le avant de naviguer. Dans le doute, ralentissez et manifestez clairement vos intentions.

Les expressions venues de bâbord et tribord

Le vocabulaire marin est passé dans la langue de tous les jours. « Virer de bord » veut dire changer d’avis, « avoir le vent en poupe » réussir, « perdre le nord » s’égarer. Bâbord et tribord, eux, sont restés surtout un vocabulaire de bord, mais ils appartiennent au même univers : celui d’une langue où chaque mot a d’abord eu une fonction précise sur le pont.

Dans l’édition, le cinéma et la bande dessinée, « bâbord » et « tribord » servent à planter un décor de marine. Dans la bijouterie, le gouvernail ou l’ancre évoquent ce même univers. Pour comprendre les symboles, lisez notre guide de la signification des bijoux marins.

Barre à bâbord ou bateau qui vire à tribord ?

Un piège classique attend les débutants sur un bateau à barre franche : en poussant la barre vers bâbord, on fait virer le bateau vers tribord, et inversement. Sans précision, l’ordre « barre à bâbord » peut donc se comprendre de deux façons. C’est pourquoi les équipages précisent toujours s’ils parlent de la barre ou de la route du bateau, et répètent l’ordre à voix haute avant de l’exécuter. Sur un bateau à barre à roue, la logique est la même que sur une voiture : tourner la roue vers la droite fait virer à droite.

Comment donner un ordre clair à bord ?

Prononcez le côté en premier, puis l’action, et faites répéter : « Tribord, on borde le génois. » Utilisez bâbord et tribord pour les côtés du bateau, « au vent » et « sous le vent » pour la position par rapport au vent. Évitez « là-bas », « à gauche » ou « de ce côté », qui n’ont de sens que pour celui qui parle.

Bâbord et tribord au-delà des voiliers

Ces deux mots servent sur tous les types de navires : cargos, ferries, paquebots, bateaux de pêche et même sur les bateaux de rivière. À bord d’un ferry, une annonce peut signaler une sortie « côté tribord ». Dans l’aviation, les feux rouge à gauche et vert à droite suivent la même convention, mais seul le monde maritime en a fait un vocabulaire commun à tous.

Tableau : bâbord et tribord en un coup d’œil

CritèreBâbordTribord
Côté du bateau (vers l’avant)GaucheDroit
Feu de navigationRougeVert
Origine probableNéerlandais bakboord, le côté du dosVieux norrois stýribord, le côté du gouvernail
Équivalent anglaisPortStarboard
Balise d’entrée de chenal (région A)Rouge, à gauche en entrantVerte, à droite en entrant

Autres mots pour s’orienter à bord

Bâbord et tribord ne sont pas les seuls mots d’orientation. Avant et arrière désignent les deux extrémités, au vent le côté d’où vient le vent, sous le vent le côté opposé. Par le travers désigne la direction perpendiculaire à l’axe du bateau. Sur l’avant du travers et sur l’arrière du travers précisent encore. Ensemble, ces termes permettent de décrire n’importe quelle position autour d’un bateau.

Si vous débutez, apprenez-les un par un et utilisez-les le plus tôt possible. L’habitude vient plus vite en disant « tribord » à voix haute qu’en lisant des listes. Pour reconnaître les voiliers que vous croiserez, notre guide des types de voiliers complète le vocabulaire.

Questions fréquentes sur bâbord et tribord

Bâbord est-il à gauche ou à droite ?

À gauche, quand on regarde vers l’avant du bateau.

Quelle est la couleur du feu de tribord ?

Verte. Le feu de bâbord est rouge.

Pourquoi tribord s’appelle-t-il ainsi ?

Le mot vient du vieux norrois stýribord, le côté du gouvernail. L’aviron de gouverne était fixé à droite.

Bâbord et tribord changent-ils selon l’endroit où je me tiens ?

Non. Ils sont fixes par rapport au bateau, quelle que soit votre position ou votre orientation.

Existe-t-il un moyen simple de s’en souvenir ?

Le rouge est à gauche (bâbord), le vert à droite (tribord). Le bras gauche tendu vers l’avant montre bâbord.

Les avions utilisent-ils aussi bâbord et tribord ?

Dans l’aviation, on emploie les mêmes conventions de feux (rouge à gauche, vert à droite), mais le vocabulaire courant reste « gauche » et « droite ».

Pour garder en tête

Bâbord est le côté gauche du bateau, tribord le côté droit, toujours en regardant vers l’avant. Les deux mots viennent du néerlandais et du vieux norrois, des langues de marins. Retenez le feu rouge à bâbord et le feu vert à tribord. Pour prolonger, parcourez nos bijoux marins et lisez notre article sur l’ancre de bateau.