Le drakkar viking est devenu le symbole des navigateurs du Nord : une coque longue, étroite, relevée à chaque extrémité, qui glisse sur l’eau grâce à une voile carrée et à des rangées de rames. Pourtant, le mot « drakkar » lui-même est plus récent que les navires qu’il désigne. Ce guide raconte comment étaient construits les bateaux vikings, comment ils naviguaient, jusqu’où ils sont allés et ce que l’archéologie nous en apprend, de Norvège à Terre-Neuve.
Le mot « drakkar » : une invention tardive
Les Scandinaves du Moyen Âge n’employaient pas le mot « drakkar ». Il vient du vieux norrois dreki, le dragon, qui désignait les proues sculptées de certains navires de guerre. Le terme français se répand au XIXe siècle, quand les écrivains et les historiens redécouvrent le monde viking. Les sources de l’époque parlent plutôt de langskip, « navire long », pour les bateaux de guerre, et de knarr pour les cargos plus larges.
La distinction est utile : le navire long sert à la rapidité et au raid, le knarr au transport des marchandises, des animaux et des familles lors des voyages de colonisation. Les deux ont en commun une construction à clin et une grande légèreté.
Une époque : l’âge viking
On désigne par « âge viking » la période qui court approximativement de la fin du VIIIe siècle au milieu du XIe siècle. On en situe traditionnellement le début en 793, avec le pillage du monastère de Lindisfarne, sur la côte nord-est de l’Angleterre. On en situe la fin autour de 1066, année de la bataille de Stamford Bridge. Ces dates sont des repères commodes, non des frontières nettes. Les expéditions vikings ne se limitent d’ailleurs pas au pillage : elles comprennent le commerce, l’installation de colonies et l’exploration.
Comment était construit un navire viking ?
Le secret du navire viking tient à sa coque à clin : les planches sont posées en recouvrement, chacune chevauchant la précédente, et rivetées entre elles. On obtient ainsi une coque à la fois souple et solide, capable de travailler avec la houle plutôt que de lutter contre elle. Les charpentiers fendaient le bois selon le fil, ce qui donne des planches plus résistantes qu’un sciage. Le chêne était la matière principale, le pin servait pour le mât et les rames.
La quille, pièce maîtresse, prolongée à l’avant et à l’arrière par l’étrave et l’étambot, donne la rigidité longitudinale. Le fond plat et le faible tirant d’eau permettent de remonter les rivières et d’échouer le navire sur une plage, une qualité précieuse pour des raids rapides.
Quelle taille faisait un navire long ?
Les mesures varient selon les navires. Le navire de Gokstad, découvert en Norvège, mesure environ vingt-trois mètres, celui d’Oseberg une vingtaine de mètres. Les plus grands navires de guerre connus par l’archéologie dépassent trente mètres. Ces ordres de grandeur sont à prendre comme des repères, car chaque épave a sa propre dimension.
Voile carrée, rames et gouvernail latéral
Le navire viking se propulse de deux façons. En haute mer, une grande voile carrée en laine tissée, renforcée de cordages, prend le vent portant ou travers. Près des côtes, dans les fjords ou par vent contraire, les rameurs prennent le relais. Cette double propulsion donne une grande liberté de manœuvre.
La direction se fait à l’aide d’un aviron de queue fixé sur le côté droit de la coque, le bord du gouvernail. C’est de là que vient le mot « tribord », du vieux norrois stýribord, le bord du gouvernail. Si vous voulez comprendre ce vocabulaire, lisez notre article sur l’origine de bâbord et tribord, et celui sur le gouvernail d’un bateau.

Comment les Vikings s’orientaient-ils ?
Sans boussole ni sextant, les navigateurs vikings se repéraient grâce au soleil, aux étoiles, aux vols d’oiseaux, à la couleur de l’eau et aux nuages posés sur les terres lointaines. La navigation à l’estime, en tenant compte de la vitesse et de la direction, complétait ces indices. Certaines sources évoquent des instruments d’orientation solaire, mais leur usage reste débattu parmi les historiens. Ce qui est sûr, c’est que les marins du Nord connaissaient très bien leurs routes, transmises oralement de génération en génération.
Les Vikings connaissaient-ils la boussole ?
Non, pas à l’époque des grands voyages. La boussole magnétique apparaît plus tard en Europe, à la fin du XIIe siècle selon les sources. Notre article sur l’histoire de la boussole raconte cette invention.
Jusqu’où sont-ils allés ?
Les navigateurs scandinaves ont parcouru d’immenses distances. Vers l’ouest, ils colonisent les îles Féroé, l’Islande, puis le Groenland. Vers l’est, ils descendent les fleuves de l’Europe orientale jusqu’à la mer Noire. Vers le sud, ils remontent la Seine et la Loire, fondent la Normandie et atteignent la Méditerranée. Enfin, vers l’Amérique : le site de L’Anse aux Meadows, à Terre-Neuve, fouillé par des archéologues, prouve la présence de Scandinaves en Amérique du Nord vers l’an 1000, avant Christophe Colomb. Le site est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Fleuves et portages : la route de l’Est
Les Scandinaves partis vers l’Est ne traversent pas de grandes mers : ils remontent les fleuves de la Baltique vers l’intérieur de l’Europe orientale. La faible profondeur de leurs navires leur permet de passer là où d’autres ne passent pas. Quand un rapide ou une ligne de partage des eaux barre la route, ils portent ou font rouler le navire sur des rondins jusqu’au cours d’eau suivant : c’est le portage. Par ces routes fluviales, ils rejoignent les marchés de l’Orient et de la mer Noire, où ils échangent fourrures, ambre et esclaves contre de l’argent et des étoffes.
Cette orientation commerciale rappelle que les Vikings ne sont pas qu’un peuple de guerriers : ils sont aussi marchands, colons et explorateurs, et leurs navires sont adaptés à chacun de ces rôles.
La vie à bord : un équipage, des rations, du froid
À bord d’un navire long, il n’y a presque pas d’abri. L’équipage dort sur le pont ou à même les planches, sous une tente ou des peaux, et manœuvre avec les mêmes bras que ceux qui rament. Les vivres se conservent séchés ou salés : poisson, viande, accompagnés de boissons que les sources évoquent sans précision de quantité. Chaque voyage exige un équipage soudé, puisque la sécurité de tous dépend du geste de chacun.
Les sagas, textes composés plusieurs siècles après les faits, racontent la vie des navigateurs du Nord avec des détails précieux mais parfois romancés. Il faut les lire comme des témoignages de mémoire, à compléter par l’archéologie.
Ce que révèlent les navires retrouvés
Nous connaissons les navires vikings parce que certains ont été conservés. À Oseberg et à Gokstad, en Norvège, des navires ont servi de sépulture à des personnages importants, enterrés avec leurs biens. Découverts à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, ils sont conservés à Oslo, dans un musée fermé pour travaux, dont la réouverture est annoncée pour 2027 sous le nom de Musée de l’âge viking. À Roskilde, au Danemark, cinq navires coulés volontairement pour barrer un chenal ont été retrouvés dans les années 1960 et reconstitués dans un musée dédié. Ces trouvailles permettent de mesurer, de reconstruire et de naviguer sur des répliques fidèles.
Tableau : navire long et knarr
| Critère | Navire long (langskip) | Knarr |
|---|---|---|
| Usage | Raid, guerre, transport rapide | Commerce, colonisation |
| Coque | Longue, étroite, peu profonde | Plus large, plus haute |
| Propulsion | Voile carrée et rames | Voile carrée, peu de rames |
| Équipage | Nombreux rameurs | Équipage réduit |
| Capacité de charge | Faible | Importante |
Les symboles vikings dans la bijouterie
Les bijoux inspirés du monde viking reprennent souvent des symboles nordiques : le marteau de Thor, le loup Fenrir, le navire long, les nœuds entrelacés. Il faut distinguer ce qui est attesté de ce qui est moderne. Le marteau de Thor est bien connu par des pendentifs d’époque. Le Vegvísir, en revanche, est une figure dont la plus ancienne mention connue figure dans un manuscrit islandais compilé en 1860 : elle est associée au monde viking par la tradition, pas par des sources médiévales. Cela n’enlève rien à la beauté du symbole, mais mieux vaut le savoir.
Pour comprendre la symbolique des motifs de mer, lisez notre guide de la signification des bijoux marins, puis parcourez notre sélection de bijoux marins.
Questions fréquentes sur les Vikings et leurs bateaux
Quelle est la différence entre un drakkar et un knarr ?
Le drakkar, ou navire long, sert à la guerre et aux raids. Le knarr, plus large, transporte les marchandises et les familles.
Les Vikings avaient-ils des casques à cornes ?
Non. Aucune trouvaille archéologique ne confirme ce motif, popularisé au XIXe siècle par les costumes d’opéra.
Combien de temps durait une traversée de l’Atlantique Nord ?
Cela dépendait de la route, de la saison et du vent. Les sources n’autorisent pas de chiffre précis, mais il s’agissait de plusieurs semaines.
Où voir des bateaux vikings ?
À Roskilde, au Danemark, où sont exposés les navires retrouvés dans le fjord. Les navires d’Oseberg et de Gokstad sont conservés à Oslo, mais le musée est fermé pour travaux : une réouverture est annoncée pour 2027, vérifiez la date avant de planifier un voyage.
Les Vikings ont-ils atteint l’Amérique ?
Oui. Le site de L’Anse aux Meadows, à Terre-Neuve, atteste une présence scandinave vers l’an 1000.
Le mot drakkar vient-il du norrois ?
Il dérive de dreki, dragon, mais le terme français est récent et ne figure pas dans les sources médiévales.
En résumé
Le navire viking tient à sa coque à clin, légère et souple, à sa voile carrée et à ses rames. Il a permis des voyages de l’Europe de l’Est à l’Amérique du Nord, et les épaves d’Oseberg, de Gokstad et de Roskilde nous en donnent une idée précise. Pour prolonger, lisez notre article sur l’ancre de bateau et parcourez nos bijoux d’inspiration viking.