Le 25 août 1768, un navire de taille modeste quitte Plymouth avec, à son bord, des astronomes, un botaniste, des dessinateurs et un lieutenant de la Royal Navy nommé James Cook. La mission officielle est de nature scientifique : observer, depuis Tahiti, le passage de Vénus devant le Soleil, prévu en 1769. La mission officieuse, dictée par la Royal Society, est de reconnaître le Pacifique sud. Trois ans plus tard, l’Endeavour revient avec des cartes qui changent la géographie du monde. Voici l’histoire du premier voyage de Cook : pourquoi il est parti, ce qu’il a trouvé, l’accident de la Grande Barrière de corail, la question du scorbut sur laquelle les sources se contredisent, et ce que ce voyage dit des explorations de l’époque.

Pourquoi observer Vénus ?

Au XVIIIe siècle, les astronomes veulent mesurer la distance qui sépare la Terre du Soleil. Un passage de Vénus devant le Soleil, observé en des lieux très éloignés, permet de la calculer. L’événement de 1769 est rare, et les nations européennes envoient des expéditions un peu partout. Tahiti, bien placée dans l’hémisphère sud, est choisie par la Royal Society. Les observateurs ont fait leur travail, mais leurs résultats se sont révélés imprécis, comme le disent les sources. La vraie moisson du voyage est ailleurs.

Une mission secrète en plus

Après Tahiti, Cook devait ouvrir une enveloppe contenant des instructions : chercher un grand continent austral supposé exister dans le sud, la « Terra Australis ». Il n’en a pas trouvé en tant que tel, mais il a cartographié les côtes de la Nouvelle-Zélande et de l’est de l’Australie, et ses relevés ont servi aux navigateurs pendant des décennies.

L’itinéraire d’un voyage de trois ans

  • 25 août 1768 : départ de Plymouth.
  • 1769 : arrivée à Tahiti et observation du passage de Vénus.
  • Fin 1769 – 1770 : exploration et cartographie de la Nouvelle-Zélande, puis de la côte est de l’Australie.
  • 1770 : l’Endeavour s’échoue sur la Grande Barrière de corail.
  • Retour : escales à Batavia et au cap de Bonne-Espérance, puis arrivée en Angleterre le 12 juillet 1771.
Récif corallien affleurant vu de l’eau au lever du jour
Un récif corallien : le danger qui a failli faire perdre l’Endeavour.

L’échouage sur le récif

En naviguant le long de la côte est de l’Australie, l’Endeavour touche un récif de la Grande Barrière. Le navire est sérieusement endommagé et l’équipage doit alléger le bateau, pomper et réparer à terre avant de repartir. L’épisode illustre les dangers de la navigation côtière en eaux mal cartographiées. Pour comprendre comment un échouage se prépare, ou se subit, notre article sur l’échouage d’un bateau donne les bases.

Le scorbut : un sujet où les sources divergent

On lit souvent que Cook aurait évité le scorbut grâce à une alimentation soignée, avec des agrumes et d’autres produits frais. D’autres textes affirment le contraire : à l’escale du Cap, seuls douze hommes auraient été en état de travailler, ce qui suggère de lourdes maladies, dont celle de Batavia. Les sources que nous avons consultées se contredisent. Une affirmation populaire attribue à Cook l’emploi de la choucroute contre le scorbut, mais nous n’avons pas pu la confirmer dans ces textes. Retenez ceci : Cook se préoccupait de la santé de son équipage, mais le détail de ses méthodes et leur efficacité exacte restent discutés.

Pourquoi tant de marins mouraient-ils du scorbut ?

Le scorbut vient d’une carence en vitamine C. Sur un bateau, sans fruits ni légumes frais pendant des semaines, il apparaît : fatigue, gencives qui saignent, plaies qui ne guérissent plus. À l’époque, on ne connaissait pas la cause ; on testait des remèdes au hasard. L’histoire de la lutte contre le scorbut est un bon exemple de savoir qui avance par essais et erreurs.

Comment Cook dessinait les côtes

Cartographier une côte inconnue demande une méthode. Depuis le bord, on relève des repères visibles, caps, sommets, pointes, avec le compas et le sextant ; on note les sondes en faisant tomber une ligne lestée ; on dessine à chaque étape un croquis de la côte vue de la mer. En comparant ces relevés, on reconstitue le tracé. Cook et son équipage ont ainsi produit des cartes d’une précision remarquable pour l’époque, que les navigateurs ont utilisées longtemps. Ce travail patient, mené jour après jour, est peut-être la plus grande contribution du voyage. Pour voir à quoi ressemble le résultat, jetez un œil à une carte marine moderne : les sondes et les contours y suivent la même logique.

Le rôle des scientifiques embarqués

À côté de Cook, des astronomes pour le passage de Vénus, un botaniste, des dessinateurs pour reproduire plantes, animaux et paysages. Leurs collections et leurs carnets ont enrichi les musées européens et fait connaître au public des mondes nouveaux. Le voyage est ainsi l’un des premiers où la science fait partie intégrante de la mission d’un navire de la marine.

Ce que ce voyage a changé

Le premier voyage de Cook a livré aux Européens des cartes fiables d’une grande partie du Pacifique sud. Il a aussi nourri la botanique, l’ethnologie et l’astronomie, grâce aux scientifiques embarqués. Il a conduit Cook à de nouvelles expéditions, dont la deuxième et la troisième. Les cartes ont aidé les navigateurs suivants, les baleiniers, les commerçants et les colons ; elles ont aussi ouvert la voie à la colonisation, avec les conséquences, souvent graves, que ces peuples ont connues. Cette histoire se lit mieux quand on garde les deux faces : l’exploit de navigation, et ses suites.

Les peuples rencontrés

Tahiti, la Nouvelle-Zélande et l’Australie étaient habitées depuis longtemps. Les rencontres furent parfois pacifiques, parfois violentes, et les récits européens ne disent pas tout. Un lecteur d’aujourd’hui gagne à croiser ces textes avec les mémoires des peuples concernés.

Voir l’Endeavour aujourd’hui

Le navire original a disparu, mais l’histoire de l’Endeavour se visite : musées maritimes, expositions et répliques qui parcourent les ports du monde. Si vous voyagez en Australie ou en Nouvelle-Zélande, renseignez-vous sur les lieux liés à Cook, côtes, baies et monuments, tout en gardant en tête le regard des peuples autochtones. Et si vous naviguez le long de ces côtes, une carte marine à jour vous rappellera ce que Cook devait faire sans elle. Notre guide de la carte marine explique comment la lire.

Réplique d’un voilier du XVIIIe siècle au quai d’un port australien
Les répliques permettent de mesurer la modestie de ces navires.

Ce que ce voyage enseigne au passionné de mer

Au-delà de l’exploit, le voyage de l’Endeavour montre ce que sont les vrais ingrédients d’une grande navigation : un navire robuste et maniable, une préparation sérieuse, des instruments, une équipe soudée, et une capacité à réparer sur place quand tout se passe mal. Quand vous embarquez pour une escale ou une croisière, vous profitez d’un siècle et demi de ces savoirs. Les bateaux modernes sont plus confortables, mais la mer reste la mer.

Un dernier point de vue : le voyage de l’Endeavour est aussi une histoire de limites. Le navire a été conçu pour transporter des marchandises, non pour explorer ; on l’a aménagé, rempli de provisions et d’instruments, et il a fallu composer avec l’espace compté, les maladies et les tensions inévitables d’un équipage enfermé pendant trois ans. Savoir s’adapter avec peu de moyens est une qualité que tout marin reconnaît, et c’est sans doute l’une des leçons les plus durables de ce premier voyage.

Les erreurs fréquentes

  • Présenter Cook comme le seul découvreur d’un Pacifique vide : il était habité.
  • Affirmer qu’il a évité le scorbut sans préciser que les sources se contredisent.
  • Répéter l’anecdote de la choucroute sans l’avoir vérifiée.
  • Confondre les trois voyages de Cook.
  • Oublier la mission scientifique : le passage de Vénus.

Tableau : le premier voyage de Cook en repères

ÉtapeDateLieuRemarque
Départ25 août 1768PlymouthMission scientifique et mission secrète
Passage de Vénus1769TahitiRésultats imprécis selon les sources
Cartographie1769–1770Nouvelle-Zélande, est de l’AustralieRelevés précieux
Échouage1770Grande Barrière de corailNavire endommagé et réparé
Retour12 juillet 1771AngleterreEscales à Batavia et au Cap

Questions fréquentes sur le voyage de Cook

Pourquoi Cook est-il parti à Tahiti ?

Pour observer le passage de Vénus devant le Soleil en 1769, une mission de la Royal Society.

Qu’a-t-il découvert ?

Il a surtout cartographié les côtes de la Nouvelle-Zélande et de l’est de l’Australie.

L’Endeavour a-t-il fait naufrage ?

Il s’est échoué sur un récif de la Grande Barrière de corail, a été réparé et a poursuivi son voyage.

Cook a-t-il évité le scorbut ?

Les sources se contredisent : certaines parlent d’aucun mort, d’autres d’un équipage fortement touché à l’arrivée au Cap.

Quand le voyage s’est-il terminé ?

Le 12 juillet 1771, avec le retour en Angleterre.

Peut-on voir une réplique de l’Endeavour ?

Oui, des répliques ont voyagé dans plusieurs ports ; renseignez-vous sur les visites en cours.

Un voyage de mesure et de cartes

Le voyage de l’Endeavour rappelle que l’exploration est aussi une affaire de patience : observer, mesurer, noter, dessiner. Il reste un classique de l’histoire maritime, à condition de le lire avec ses ombres. Pour garder un peu de ces routes près de vous, parcourez nos bijoux marins et lisez notre article sur la longitude en mer.