Un navire quitte l’Angleterre pour les Antilles, traverse l’Atlantique pendant des semaines, et l’équipage cherche l’île de destination sans savoir s’il l’a dépassée à l’est ou à l’ouest. Pendant des siècles, c’était le sort ordinaire de la navigation : on connaissait sa latitude, mais pas sa longitude. Un siècle de naufrages et de routes perdues a fini par pousser le Parlement britannique à offrir une récompense immense à qui résoudrait le problème. Le vainqueur n’était ni un astronome ni un amiral : c’était un horloger. Voici l’histoire de la longitude en mer, du prix de 1714 au chronomètre de John Harrison, avec les chiffres tels que les donnent les sources et ce qui reste débattu.
Pourquoi la longitude était un casse-tête
La latitude se déduit de la hauteur du soleil ou d’une étoile ; nous l’avons vu dans l’article sur le sextant. La longitude, elle, demande autre chose : savoir l’heure exacte au port de départ. La Terre tourne de 15 degrés par heure ; comparer l’heure locale (donnée par le soleil) à l’heure du port de référence donne la différence de longitude. Le problème tient à un seul mot : « exacte ». Une horloge à pendule ne supporte pas le roulis, et les montres de l’époque dérivaient de plusieurs minutes par jour. Quelques minutes d’erreur, c’est des dizaines de milles de position.
Ce que coûtait une erreur
Un navire qui se trompait de longitude pouvait manquer une île, finir sur des récifs ou épuiser ses vivres. L’idée de récompenser une solution a germé à force de désastres : l’Amirauté et le Parlement britanniques ne voyaient plus d’autre moyen de sortir de l’impasse.
1714 : un prix de 20 000 livres
En 1714, un texte de loi, le Longitude Act, crée un jury, le Board of Longitude, et promet une récompense considérable : 20 000 livres, selon les sources, à qui proposera une méthode permettant de déterminer la longitude avec une précision d’environ un demi-degré à l’issue d’un voyage aux Antilles. Pour mesurer l’ampleur de la somme, rappelons qu’il s’agissait d’une fortune à l’époque. Des astronomes, des mathématiciens, des inventeurs de toute sorte ont concouru, avec des idées parfois audacieuses : comparer la position de la Lune et des étoiles, observer les satellites de Jupiter, ou construire une horloge parfaite.
Deux écoles : le ciel ou l’horloge
La méthode astronomique, dite des distances lunaires, mesurait la distance entre la Lune et une étoile pour en déduire l’heure de référence ; elle demandait du calcul et des tables. La méthode horlogère, plus directe, supposait une montre capable de garder l’heure pendant des semaines malgré les mouvements du navire. Les deux ont fini par coexister, et par se compléter.
John Harrison, l’horloger qui n’a pas lâché
John Harrison, horloger anglais, a consacré plusieurs décennies à construire des garde-temps de marine. Ses premiers modèles étaient volumineux et complexes ; le quatrième, la « H4 », a pris la forme d’une grosse montre. En 1761, selon les sources, son fils William l’emporte jusqu’à la Jamaïque pour un essai en mer. Sur environ 81 jours de voyage, selon un compte, elle n’aurait perdu que quelques secondes au total (environ cinq). Une autre source parle de deux mois de voyage ; les chiffres varient, et il faut les lire comme des ordres de grandeur.

Un jury qui hésite
Quand Harrison réclame le prix, le Board of Longitude estime que le résultat est peut-être dû au hasard et exige un deuxième essai, qui a lieu en 1764 vers la Barbade. Les chiffres varient selon les sources, mais elles s’accordent sur l’essentiel : le jury hésite longtemps. Il recommande de verser 10 000 livres quand Harrison aura expliqué les principes de la H4, et le reste quand d’autres horlogers auront montré qu’ils peuvent en construire de semblables. Une nouvelle loi, en 1765, reprend ces recommandations. Le différend se termine par un appel au roi George III ; une source indique qu’un paiement final de 8 750 livres est voté par le Parlement en 1773.
De la H4 à la montre marine
La H4 prouve qu’un garde-temps peut résister à la mer. D’autres horlogers perfectionnent ensuite l’idée, et le chronomètre de marine devient, au fil du XVIIIe et du XIXe siècle, un instrument standard à bord. L’heure de référence est conservée dans une boîte capitonnée, remontée chaque jour, comparée régulièrement. À terre, l’histoire de la montre marine se prolonge avec les montres de plongée et de voile. Notre article sur la montre marine en raconte la suite, de l’heure du navigateur à celle du plongeur.
Ce que cela change pour un plaisancier
Aujourd’hui, le GPS fournit à la fois la position et l’heure, ce qui efface le problème de la longitude. Pourtant, la logique est la même : la position dépend de l’heure. Les navigateurs hauturiers qui gardent un sextant à bord emportent aussi une montre de secours, réglée et vérifiée, pour ne pas dépendre d’un seul système.
La méthode des distances lunaires, rivale discrète
Pendant que Harrison perfectionne ses garde-temps, des astronomes proposent une autre solution : mesurer la distance angulaire entre la Lune et une étoile ou le Soleil, puis consulter des tables pour en déduire l’heure de Greenwich. La méthode demande un sextant, des calculs longs et des tables précises, publiées par les astronomes. Elle coûte moins cher qu’un chronomètre, mais exige plus de savoir-faire. Pendant des décennies, les deux méthodes coexistent : le chronomètre pour ceux qui peuvent se l’offrir, les distances lunaires pour les autres. À la longue, avec la baisse des prix des chronomètres, c’est l’horloge qui s’impose.
Pourquoi les marins ont-ils fini par préférer l’horloge ?
Parce qu’elle simplifie la vie. Lire une heure sur un chronomètre demande un geste ; calculer des distances lunaires demande une heure de travail à la lumière d’une lampe, avec des risques d’erreur. Dans le doute, les navigateurs gardent souvent les deux, ce qui permet de contrôler l’un par l’autre.
Le méridien de Greenwich, un choix de convention
Pour calculer la longitude, il faut une référence : un méridien d’origine. Les marins britanniques ont pris celui de Greenwich, où se trouve l’observatoire royal. D’autres pays utilisaient le leur, ce qui compliquait les échanges. Une conférence internationale a fini par fixer Greenwich comme référence à la fin du XIXe siècle. L’histoire de la longitude est donc aussi celle d’une convention : un point sur le globe choisi par accord, pour que tous les marins comptent à partir du même endroit.
Ce qu’on retient, et ce qui reste débattu
Plusieurs points sont solides : le prix de 1714, l’essai de 1761, l’hésitation du jury, la loi de 1765. D’autres varient selon les sources : la durée de l’essai, la précision exacte, les montants versés. Un détail rappelle aussi que l’histoire ne se résume pas à Harrison seul : d’autres horlogers et les défenseurs de la méthode astronomique ont joué leur rôle. Quand une histoire vous présente la longitude comme la victoire d’un génie solitaire contre un jury aveugle, souvenez-vous qu’elle est plus nuancée.

Les erreurs fréquentes
- Confondre latitude et longitude : la première se mesure avec le ciel, la seconde avec l’heure.
- Présenter Harrison comme un héros seul contre tous.
- Donner des chiffres d’essai sans préciser qu’ils varient selon les sources.
- Oublier la méthode des distances lunaires, qui a longtemps rivalisé avec les chronomètres.
- Penser que l’heure n’a plus d’importance depuis le GPS.
Tableau : les repères du problème de la longitude
| Date | Événement | Détail | Certitude |
|---|---|---|---|
| 1714 | Longitude Act | Prix de 20 000 livres, précision d’un demi-degré | Solide |
| 1761 | Essai de la H4 vers la Jamaïque | Environ 81 jours, très faible perte selon une source | Chiffres variables |
| 1764 | Deuxième essai vers la Barbade | Demandé par le Board | Solide |
| 1765 | Nouvelle loi | Reprend les recommandations du Board | Solide |
| 1773 | Paiement final | 8 750 livres selon une source | À vérifier |
Questions fréquentes sur la longitude en mer
Pourquoi la longitude est-elle plus difficile que la latitude ?
Parce qu’elle demande de connaître l’heure exacte d’un lieu de référence, ce qui exigeait une horloge fiable en mer.
Qui était John Harrison ?
Un horloger anglais qui a construit des garde-temps de marine, dont la H4, essayée en 1761.
Quel était le prix de 1714 ?
20 000 livres, selon les sources, pour une méthode précise à environ un demi-degré.
La H4 a-t-elle été prouvée tout de suite ?
Non : le Board a demandé un deuxième essai en 1764.
Comment calcule-t-on la longitude ?
En comparant l’heure locale à l’heure du port de référence : 15 degrés par heure de différence.
Le GPS a-t-il remplacé tout cela ?
Pour la position, oui ; mais beaucoup de navigateurs gardent un sextant et une montre de secours.
L’heure, clé de la mer
Derrière une montre, il y a une idée simple et belle : connaître l’heure, c’est connaître sa place sur le globe. La H4 a fait de cette idée un objet. Si vous aimez les histoires qui lient le temps à la mer, regardez vos propres montres d’un autre œil, et découvrez nos bijoux marins pour accompagner votre poignet.