Le tour du monde de Magellan est resté associé à un nom, celui du navigateur portugais, alors qu’il n’a pas terminé le voyage. L’expédition de Magellan et Elcano, partie de Séville en septembre 1519, rentre en Espagne en septembre 1522 avec un seul navire sur cinq et dix-huit hommes, selon la plupart des sources. Ce guide raconte la préparation, la traversée de l’Atlantique, la découverte du détroit qui porte le nom de Magellan, la traversée du Pacifique, la mort de Magellan aux Philippines et le retour de la Victoria sous le commandement de Juan Sebastián Elcano.
Pourquoi partir vers l’ouest ?
Au début du XVIe siècle, les épices d’Asie, poivre, clou de girofle, muscade, valent presque autant que l’or en Europe. Le Portugal contrôle la route de l’est, par le cap de Bonne-Espérance. L’Espagne, qui s’est partagé le monde avec lui par le traité de Tordesillas de 1494, cherche une route concurrente par l’ouest. Fernand de Magellan, officier portugais né vers 1480, propose au roi d’Espagne de la trouver. Il est convaincu qu’un passage existe au sud du continent américain, et que les îles aux épices, les Moluques, se trouvent du côté espagnol de la ligne de partage.
Le projet est accepté. Charles Ier d’Espagne, le futur Charles Quint, finance l’expédition, qui s’équipe à Séville.
Le départ : cinq navires, environ 270 hommes
Le 20 septembre 1519, l’expédition quitte Sanlúcar de Barrameda, à l’embouchure du Guadalquivir. Elle compte cinq navires : la Trinidad, navire amiral de Magellan, le San Antonio, la Concepción, la Victoria et le Santiago. L’équipage totalise environ 270 hommes, 275 selon certaines sources, dont une quarantaine d’étrangers. Les navires sont petits pour une telle traversée, et les rations de vivres sont comptées.
Les cinq navires et leur sort
| Navire | Sort (selon les sources) |
|---|---|
| Trinidad | Navire amiral ; reste aux Moluques, en mauvais état, et ne rentre pas en Espagne |
| San Antonio | Fait demi-tour dans le détroit et rentre en Espagne |
| Concepción | Brûlé aux Philippines, faute d’équipage suffisant |
| Santiago | Se perd lors d’une reconnaissance de la côte de Patagonie |
| Victoria | Seul navire à achever le tour du monde |
L’Atlantique, la Patagonie et la mutinerie
Les navires traversent l’Atlantique vers le Brésil puis descendent le long de la côte américaine. L’hiver austral de 1520 les oblige à passer plusieurs mois dans une baie de Patagonie. C’est là qu’éclate une mutinerie de plusieurs capitaines espagnols, qui supportent mal l’autorité d’un chef portugais. Magellan la réprime avec fermeté. Un navire, le Santiago, est perdu pendant une reconnaissance de la côte, et un autre, le San Antonio, déserte plus tard et retourne en Espagne.
Le détroit : l’entrée dans la mer du Sud
À l’automne 1520, les trois navires restants découvrent le passage recherché, un labyrinthe de canaux, de courants et de montagnes à l’extrémité du continent. La traversée dure plus d’un mois. Le 28 novembre 1520, selon l’Encyclopædia Universalis, la Trinidad, la Concepción et la Victoria débouchent dans l’océan que Magellan nomme le Pacifique, parce que la mer y paraît calme. Ce passage porte aujourd’hui le nom du détroit de Magellan.

La traversée du Pacifique : plus de trois mois
Magellan pensait atteindre rapidement les îles aux épices. Il découvre en réalité le plus grand océan du monde. La traversée dure plus de trois mois, trois mois et vingt jours selon certaines sources. Les vivres s’épuisent, l’eau croupit, le scorbut décime les équipages. Les marins mangent, selon les récits, du cuir et de la sciure pour survivre. Les navires atteignent enfin les îles Mariannes, où ils trouvent de la nourriture fraîche pour la première fois depuis environ cent jours, d’après l’Encyclopædia Universalis.

Pourquoi ce voyage était-il si risqué ?
Les navires étaient petits, les cartes incomplètes et la longitude impossible à mesurer avec précision : il faudra attendre le XVIIIe siècle et les chronomètres de marine pour que les navigateurs sachent à coup sûr où ils se trouvent d’est en ouest. Les équipages naviguaient à l’estime, avec le soleil et les étoiles, sur des mers que personne n’avait cartographiées.
La mort de Magellan aux Philippines
L’expédition arrive aux Philippines en mars 1521. Magellan noue des alliances avec des chefs locaux et s’engage dans un conflit entre communautés. Le 27 avril 1521, sur l’île de Mactan, il est tué lors d’un combat contre les hommes du chef Lapu-Lapu. La mort du chef prive l’expédition de son autorité. L’équipage, trop réduit pour manœuvrer trois navires, brûle la Concepción.
Elcano ramène la Victoria
Après plusieurs commandements successifs, la Victoria passe sous les ordres de Juan Sebastián Elcano. Les deux navires restants atteignent les Moluques fin 1521. La Trinidad, trop endommagée, reste sur place, tandis que la Victoria repart seule vers l’ouest, par l’océan Indien et le cap de Bonne-Espérance, en évitant les eaux portugaises.
La Victoria arrive à Sanlúcar de Barrameda le 6 septembre 1522, selon la plupart des sources (l’Encyclopædia Universalis donne le 4), puis remonte le Guadalquivir jusqu’à Séville. À bord, dix-huit hommes seulement, selon la plupart des sources, épuisés. Au total, environ quarante hommes ont accompli le tour du monde, certains revenus par d’autres routes. C’est le premier voyage à avoir fait le tour de la Terre par mer.
Qui a vraiment fait le premier tour du monde ?
La question est débattue. Magellan est mort avant la fin, Elcano a ramené le navire. On associe donc les deux noms.
Les dates clés de l’expédition
| Date | Événement |
|---|---|
| 20 septembre 1519 | Départ de Sanlúcar de Barrameda avec cinq navires |
| 28 novembre 1520 | Sortie du détroit et entrée dans la mer du Sud |
| 6 mars 1521 | Arrivée aux îles Mariannes, première nourriture fraîche |
| 27 avril 1521 | Mort de Magellan sur l’île de Mactan |
| 6 septembre 1522 | Retour de la Victoria à Sanlúcar de Barrameda |
Pigafetta, le chroniqueur
Une grande partie de ce que nous savons du voyage vient du journal d’Antonio Pigafetta, un Italien embarqué comme chroniqueur, qui a survécu et rapporté ses notes en Europe. Il décrit les peuples rencontrés, les animaux, les langues et les difficultés de la route. Comme tout récit de témoin, il garde sa part de subjectivité, et les historiens le comparent aux autres sources conservées.
Le scorbut, ennemi de la traversée
Au cours de ces longs mois sans nourriture fraîche, beaucoup d’hommes sont atteints de scorbut, une maladie due au manque de vitamine C que l’on ne comprendra que bien plus tard. C’est l’une des causes majeures de mortalité de l’expédition. Si vous lisez des récits de navigation anciens, vous retrouverez ce mot à chaque traversée longue.
Le jour perdu
Un détail frappe les chroniqueurs de l’expédition. En arrivant aux îles du Cap-Vert, en juillet 1522, l’équipage constate que son calendrier a un jour de retard sur celui de la terre. L’équipage tenait le décompte des jours avec soin, mais en naviguant vers l’ouest, il a gagné un jour sur le soleil. C’est la première fois qu’on observe, en pratique, l’effet de la rotation de la Terre sur le calendrier.
Ce que l’expédition a changé
Le voyage a prouvé que la Terre pouvait être parcourue par mer et que les océans sont reliés. Il a révélé l’immensité du Pacifique, corrigé la taille estimée du monde et ouvert la voie à de nouvelles routes commerciales entre l’Asie et l’Europe. Il a aussi coûté des centaines de vies. Pour comprendre comment on se repérait à l’époque, lisez notre article sur l’histoire de la navigation, et celui sur l’histoire de la boussole.
Ce qui reste de l’expédition aujourd’hui
Le détroit de Magellan porte toujours le nom du navigateur, tout comme les Nuages de Magellan, deux galaxies visibles depuis l’hémisphère Sud, que les marins de l’expédition ont décrites. Elcano reçut du roi un blason frappé d’une devise latine, Primus circumdedisti me, qui rappelle qu’il a été le premier à faire le tour du globe. Plus de cinq siècles plus tard, l’expédition reste le grand récit fondateur de la navigation autour du monde.
Questions fréquentes sur Magellan et le tour du monde
Magellan a-t-il fait le tour du monde ?
Non, il est mort aux Philippines en 1521. C’est Elcano qui a ramené la Victoria en Espagne en 1522.
Combien de navires sont partis, combien sont revenus ?
Cinq navires sont partis, un seul, la Victoria, est revenu.
Combien d’hommes ont survécu ?
Dix-huit hommes sont rentrés sur la Victoria, selon la plupart des sources. Le chiffre varie légèrement selon les auteurs.
Combien de temps a duré le voyage ?
Environ trois ans : du 20 septembre 1519 au 6 septembre 1522.
Pourquoi appelle-t-on l’océan Pacifique ainsi ?
Magellan lui donne ce nom parce que la mer lui a paru calme à l’entrée de l’océan, après les tempêtes du détroit.
Où se trouve le détroit de Magellan ?
À l’extrémité sud de l’Amérique du Sud, entre le continent et la Terre de Feu.
En résumé
L’expédition de Magellan et Elcano est partie à cinq navires en 1519 et rentrée à un seul en 1522, après avoir découvert le détroit de Magellan et traversé le Pacifique. Pour poursuivre, lisez notre article sur le navire Vasa et parcourez nos bijoux marins pour un souvenir d’exploration.