À l’aube du 12 octobre 1492, un marin de la Pinta crie « Terre ! ». Après des semaines d’horizon vide, les trois navires de Christophe Colomb viennent d’apercevoir une île des Bahamas que ses habitants appellent Guanahani. Pour les équipages, c’est le soulagement ; pour l’Europe, le début d’une ère nouvelle. Pour un marin d’aujourd’hui, c’est avant tout une traversée de l’Atlantique, avec ses vents, ses calmes, ses doutes. Voici ce que l’on sait de la traversée de Colomb en 1492 : les navires, la route, les vents qui l’ont rendue possible, les chiffres qui divergent selon les sources, et ce que ce voyage raconte sur la navigation de son temps.
Trois navires, un départ de Palos
Colomb quitte Palos, en Andalousie, le 3 août 1492, avec trois navires : la Santa Maria, plus grande, et deux caravelles, la Pinta et la Niña. Selon une source, deux de ces navires appartenaient à Martín Pinzón, un riche armateur de Palos dont l’aide fut essentielle pour recruter les équipages. Le nombre d’hommes varie selon les auteurs : 87 pour l’un, quatre-vingt-dix pour un autre. Aucune source ne tranche. Notre article sur la caravelle raconte le type de navire qui domine cette expédition.
Une escale aux Canaries avant le grand saut
La flotte fait escale aux Canaries, notamment à La Gomera, pour des réparations et du ravitaillement. Elle repart de Las Palmas le 1er septembre, selon les récits, et la traversée de l’océan commence véritablement le 8 septembre. Les Canaries sont un tremplin logique : c’est là que le régime des alizés permet d’aller droit vers l’ouest.
Les vents qui ont rendu le voyage possible
Un voilier ne traverse pas l’Atlantique à la force des bras. Colomb a bénéficié, sans le savoir au sens moderne, du régime des alizés : des vents réguliers qui soufflent de l’est dans la zone tropicale et poussent les navires vers l’ouest. En descendant vers les Canaries avant de partir, il se plaçait dans cette bande. Au retour, il a utilisé les vents d’ouest des latitudes plus hautes. Cette alternance, que les marins ont comprise empiriquement, structure encore aujourd’hui les routes de traversée. Les équipages de l’ARC, le rallye des Canaries aux Antilles, suivent la même logique.
Naviguer à l’estime, sans carte de l’océan
Les pilotes de 1492 n’avaient pas de carte de l’Atlantique ouest. Ils naviguaient à l’estime : cap au compas, vitesse estimée, temps écoulé, avec une mesure de latitude quand le ciel le permettait. Une tradition rapporte que Colomb aurait remarqué en route un écart de l’aiguille de son compas par rapport à l’étoile Polaire ; nous n’avons pas pu vérifier ce passage dans le journal de bord, et nous la rangeons parmi les récits à prendre avec prudence. Pour comprendre l’écart entre le nord du compas et le nord de la carte, voyez notre article sur la variation magnétique.
33 jours ou 35 : un compte qui varie
Combien de temps a duré la traversée ? Selon un site d’histoire, 33 jours se sont écoulés depuis le départ de l’Atlantique jusqu’au matin du 12 octobre. Une encyclopédie parle de 35 jours de navigation, ce qui s’explique sans doute par un point de départ différent (les Canaries ou le départ de Palos). Ce n’est pas une contradiction, mais un choix de décompte : quand on dit « la traversée », on peut parler de la haute mer seule ou du voyage entier. Les récits de voyages modernes ont d’ailleurs les mêmes hésitations.

Où a-t-il abordé ?
À Guanahani, dans l’archipel des Bahamas. L’île exacte reste discutée : on cite souvent l’île Watling, rebaptisée depuis, mais d’autres hypothèses existent. Cette incertitude, plus de cinq siècles après, rappelle combien il est difficile de refaire le chemin d’un navigateur sans cartes précises.
La vie à bord d’une caravelle de 1492
Imaginez vingt à trente hommes sur un bateau de moins de trente mètres, sans cabine pour la plupart. On dort sur le pont, roulé dans une couverture, on mange des biscuits de mer, des légumes secs, du poisson salé, du fromage, et l’on boit de l’eau et du vin stockés dans des barriques. Le feu est interdit sauf dans un foyer surveillé, à cause du risque d’incendie. Les quarts se succèdent toutes les quelques heures, rythmés par le sablier que l’on retourne : c’est l’un des gestes les plus constants de la navigation d’alors. Ces conditions, que les récits évoquent par bribes, rendent plus étonnante encore la patience des équipages pendant des semaines sans voir la terre.
Que mangeait-on et que craignait-on ?
On craignait la faim, la soif, la maladie, les tempêtes, et la peur elle-même. Les récits parlent de murmures, d’inquiétude croissante à mesure que la terre se faisait attendre, et de la nécessité pour un chef de garder le moral de ses hommes. Les détails précis de ces tensions sont rapportés par des récits tardifs ou partiels ; il vaut mieux les lire avec recul.
Ce que Colomb cherchait vraiment
Colomb ne cherchait pas un nouveau continent. Il voulait atteindre l’Asie par l’ouest, convaincu que la Terre était plus petite qu’elle ne l’est. Il est mort, dit-on, en pensant avoir trouvé les abords de l’Asie ; la suite de l’histoire a montré qu’il avait atteint un monde inconnu des Européens. Cette méprise est l’un des grands malentendus de l’histoire de la mer. Elle rappelle aussi qu’une découverte peut dépasser l’intention de celui qui la fait.
Les peuples déjà là
Il faut le dire clairement : les îles abordées en 1492 étaient habitées. Pour leurs habitants, il n’y avait rien à « découvrir ». Les conséquences de cette rencontre, souvent dramatiques, appartiennent à l’histoire autant que la traversée elle-même, et un article sur la mer ne peut pas les passer sous silence.
Refaire la traversée aujourd’hui
Chaque hiver, des centaines de voiliers quittent les Canaries pour les Antilles, sur une route proche de celle de Colomb, en profitant des alizés. La traversée prend en général de deux à quatre semaines selon le bateau et l’équipage, avec un confort sans commune mesure avec celui de 1492 : cartes, météo, communications, eau douce. Pour un passionné de mer, elle reste un rêve. Si vous préférez la contempler depuis un pont de paquebot ou une plage des Antilles, l’histoire de Colomb vous donne un fil pour relier vos vacances à cette épopée.

Pour le plaisancier d’aujourd’hui, le plus frappant est sans doute la confiance dans les vents. Colomb ne disposait d’aucune prévision, d’aucune carte des alizés ; il a avancé avec ce que l’expérience des marins portugais et espagnols lui avait appris, et avec un peu de chance. Nous préparons nos traversées avec des fichiers météo, des routages et des communications par satellite, mais le principe n’a pas changé : on choisit une route, on la suit, on corrige.
Les erreurs fréquentes
- Dire que Colomb a « découvert » un continent inhabité.
- Donner un nombre d’hommes ou une durée exacts sans citer la source.
- Croire que Colomb cherchait l’Amérique : il visait l’Asie.
- Confondre caravelle et nef : la Santa Maria était un navire plus gros.
- Oublier le rôle des alizés dans la réussite de la traversée.
Ce que le voyage a changé pour la navigation
Après 1492, les routes de l’Atlantique se sont multipliées. Les pilotes ont compris l’importance des vents réguliers, dessiné des cartes plus complètes, et pris l’habitude de partir des Canaries pour aller vers l’ouest, puis de remonter par le nord pour revenir. Ces circuits, calqués sur les grandes boucles de vents, ont structuré le commerce et les voyages pendant des siècles. Ils guident encore les plaisanciers d’aujourd’hui : aller aux Antilles l’hiver, revenir par les Açores au printemps, c’est suivre, à peu de chose près, la logique des premiers voyages, avec un siècle de savoir-faire en plus et des cartes bien meilleures que celles de Colomb.
Tableau : la traversée de 1492 en repères
| Étape | Date | Lieu | Remarque |
|---|---|---|---|
| Départ | 3 août 1492 | Palos, Andalousie | Trois navires |
| Escale | Août–septembre | Canaries (La Gomera, Las Palmas) | Réparations et vivres |
| Départ pour l’océan | 8 septembre | Canaries | Début de la traversée à proprement parler |
| Terre en vue | 12 octobre 1492 | Guanahani, Bahamas | 33 jours selon une source, 35 selon une autre |
Questions fréquentes sur la traversée de Colomb
Combien de navires avait Colomb ?
Trois : la Santa Maria, la Pinta et la Niña.
Combien d’hommes y avait-il ?
Environ 87 à 90 selon les sources, qui ne s’accordent pas.
Quand Colomb a-t-il atteint la terre ?
Le 12 octobre 1492, à l’aube, à Guanahani, aux Bahamas.
Quelle île exactement ?
Guanahani ; on cite souvent l’île Watling, mais d’autres hypothèses existent.
Pourquoi la traversée a-t-elle réussi ?
Grâce aux alizés qui poussent les navires vers l’ouest dans la zone tropicale, et à la préparation de la route par les Canaries.
Peut-on refaire cette route aujourd’hui ?
Oui : des centaines de voiliers traversent chaque hiver des Canaries aux Antilles.
Une traversée qui continue
La traversée de 1492 ne s’est pas arrêtée à l’aube du 12 octobre. Elle se poursuit chaque hiver, quand des voiliers prennent la même direction sous les mêmes vents. Elle se poursuit aussi dans l’histoire, qu’il faut raconter avec exactitude et avec respect. Pour garder un souvenir de ces routes, parcourez nos bijoux marins et lisez notre article sur le tour du monde de Magellan.