Au petit matin, dans le port de Tyr, des hommes chargent des jarres d’huile, des lingots de métal et des étoffes teintes de pourpre sur des navires au ventre rond. Ils partiront pour des mois, vers des rivages que leurs voisins n’ont jamais vus, et reviendront avec de l’argent, de l’étain, des histoires. Les Phéniciens ne laissaient presque aucun récit écrit, et pourtant ils sont, pour beaucoup d’historiens, les premiers grands marins de la Méditerranée. Voici ce que l’on sait des Phéniciens navigateurs : leurs routes, leurs navires, leur manière de se repérer, et ce qui reste incertain, car l’histoire de ce peuple est surtout racontée par les autres.
Un peuple de marchands tourné vers la mer
Les Phéniciens vivaient sur une étroite bande côtière du Proche-Orient, coincée entre la montagne et la mer, autour de cités comme Tyr et Sidon. Peu de terres à cultiver, mais de très beaux cèdres pour construire des navires et une mer ouverte devant eux : le chemin s’imposait. Ils ont fait du commerce leur activité principale, en rapportant des métaux, du bois, des tissus, du verre, de l’ivoire, des parfums, du vin, du papyrus et la célèbre teinture pourpre. Les routes qu’ils ont ouvertes allaient, d’après les historiens, de la mer Rouge à la côte atlantique de l’Afrique, jusqu’aux îles Britanniques et aux Canaries.
Des comptoirs devenus des villes
Au fil du temps, les comptoirs commerciaux sont devenus des colonies. Gadès, notre Cadix actuelle, aurait été fondée par des Tyriens qui avaient franchi le détroit de Gibraltar. Carthage, la plus célèbre, est datée traditionnellement de 814 avant notre ère, une date que les spécialistes rappellent comme traditionnelle : les chronologies varient selon les auteurs anciens et modernes. Retenez le mouvement plus que le millésime : des marchands partis chercher du métal ont fondé un monde.
Comment naviguaient-ils ?
Pas de boussole, pas de sextant, pas de carte comme nous l’entendons. Les marins phéniciens s’orientaient grâce aux astres, au soleil, aux repères de la côte et aux vents. Pendant longtemps, des historiens ont pensé qu’ils ne naviguaient que de jour et près des côtes ; cette vision a été révisée, et l’on admet aujourd’hui des traversées plus audacieuses, y compris de nuit. On lit parfois que l’étoile la plus utile pour eux était l’étoile Polaire de la Petite Ourse, et que le mot grec pour cette constellation serait lié à leur nom : l’idée est séduisante, mais nous n’avons pas trouvé de source spécialisée pour la confirmer, et nous la rangeons parmi les hypothèses.
Naviguer à l’estime avant le mot
Sans le dire, ils pratiquaient déjà ce que l’on appellera plus tard la navigation à l’estime : connaître sa vitesse, son cap, le temps passé, et en déduire une position. Notre article sur l’histoire des techniques de navigation montre comment ce principe a traversé les siècles.

Les navires : ronds pour le commerce, longs pour la guerre
Les sources décrivent deux grandes familles de bateaux. Les navires marchands, larges et ronds, étaient faits pour porter de lourdes charges et marcher à la voile carrée. Les navires de guerre, longs et effilés, avançaient surtout à la rame. Les historiens doivent beaucoup, pour la période ancienne, à des sources non phéniciennes, notamment assyriennes, jusqu’au Ve siècle avant notre ère : les Phéniciens ont laissé peu de textes, et ce sont leurs voisins qui nous les montrent.
Des cèdres du Liban aux ports de Méditerranée
Le cèdre, résistant à l’eau et facile à travailler, était un atout. Les chantiers navals des cités phéniciennes ont fourni leurs navires à de nombreux souverains de la région, et la réputation de ces constructeurs a duré bien après la fin de leur domination.
Ce qui reste incertain
Beaucoup d’histoires racontent des exploits phéniciens : le tour de l’Afrique, la découverte de terres lointaines, des voyages aux îles de l’étain. Elles viennent de récits grecs ou romains, parfois écrits des siècles après les faits, et les archéologues n’ont pas toujours pu les confirmer. Quand un article vous donne des détails précis sur ces voyages, demandez-vous d’où ils viennent. Dans ce domaine, le doute fait partie de l’histoire.
Pourquoi sait-on si peu de choses ?
Parce que la plupart des textes phéniciens ont disparu, et que leurs cités ont été détruites ou absorbées. Ce que nous savons vient de fouilles, d’épaves, d’inscriptions et de regards extérieurs. C’est peu, et c’est déjà beaucoup.
La vie à bord d’un navire phénicien
On connaît mal le quotidien d’un équipage antique, mais on peut en imaginer les grandes lignes. Un navire marchand emportait un équipage réduit, quelques dizaines d’hommes au plus, qui dormaient sur le pont, mangeaient du pain, des olives, du poisson séché et des fruits secs, et buvaient de l’eau conservée dans des jarres. On naviguait la journée en suivant la côte, on mouillait ou on tirait le bateau sur une plage le soir, et l’on repartait au matin avec la brise. La traversée de la haute mer demandait plus de préparation : de l’eau en quantité, des vents favorables, une connaissance fine des étoiles. Les récits antiques évoquent la peur des tempêtes et les prières aux dieux de la mer, un détail qui ressemble aux superstitions de marins que l’on raconte encore aujourd’hui.
Cette distance entre ce que l’on sait et ce que l’on imagine est le charme de l’histoire antique : chaque détail se fonde sur une épave, une inscription, une comparaison avec des pratiques mieux connues, et il faut accepter de rester prudent. Le lecteur gagne à lire ces récits comme des esquisses, pas comme des photographies. Un récit antique n’est jamais neutre : il est écrit par un marchand, un poète ou un rival, avec ses intérêts, ses fiertés et ses silences, et c’est ce qu’il faut garder en tête quand on lit leur histoire à la lumière des fouilles actuelles et des recherches récentes.
Que transportait-on, concrètement ?
Des jarres d’huile et de vin, des lingots de cuivre ou d’étain, des tissus teints, du verre, des objets en ivoire. Les épaves découvertes en Méditerranée ont livré des cargaisons de ce type et permettent aux archéologues de reconstituer des routes. Chaque jarre retrouvée au fond de l’eau est une pièce d’un puzzle qui s’assemble lentement.
Ce que les Phéniciens ont légué aux marins
- Des routes : des itinéraires de cabotage que d’autres peuples ont reprises.
- Des ports : des sites de comptoirs encore habités aujourd’hui, comme Cadix.
- Une écriture alphabétique, adoptée et adaptée par les Grecs, utile aux marchands pour tenir leurs comptes.
- Un esprit : l’idée que la mer relie plus qu’elle ne sépare.
Les voir aujourd’hui
Les sites phéniciens se visitent : le Liban, la Tunisie, la Sicile, l’Espagne, Malte et la Sardaigne en abritent des vestiges. Pour un passionné de mer en croisière, une escale à Cadix, à Carthage ou à Tyr offre une manière de toucher du doigt ces premières routes. Regardez le port, imaginez les navires ronds, les lingots, les jarres.

Les erreurs fréquentes
- Croire que les Phéniciens ont inventé tout ce qu’on leur prête : les récits sont souvent tardifs.
- Confondre navires de commerce et navires de guerre.
- Penser qu’ils naviguaient sans oser s’éloigner des côtes : cette idée a été revue.
- Donner une date précise à Carthage sans préciser qu’elle est traditionnelle.
- Oublier que leur histoire est écrite surtout par leurs voisins.
Tableau : repères sur les Phéniciens
| Élément | Ce que l’on sait | Degré de certitude | Remarque |
|---|---|---|---|
| Cités principales | Tyr, Sidon, Byblos | Solide | Sur la côte du Proche-Orient |
| Marchandises | Métaux, bois, verre, pourpre, vin | Solide | Source : archéologie et textes voisins |
| Fondation de Carthage | 814 av. J.-C. selon la tradition | Traditionnel | Les chronologies varient |
| Navigation | Astres, côtes, vents | Solide | Cabotage, mais aussi traversées plus audacieuses |
| Étoile Polaire et nom grec | Hypothèse | Non confirmé | À vérifier chez des spécialistes |
Questions fréquentes sur les Phéniciens et la mer
Où vivaient les Phéniciens ?
Sur la côte du Proche-Orient, autour de cités comme Tyr, Sidon et Byblos, dans la région du Liban actuel.
Qu’est-ce que la pourpre ?
Une teinture précieuse, l’un des produits les plus célèbres du commerce phénicien.
Naviguaient-ils de nuit ?
Longtemps on a pensé que non ; cette idée a été révisée, et des traversées nocturnes sont aujourd’hui admises.
Qui a fondé Carthage ?
Des Tyriens, selon la tradition, vers 814 avant notre ère ; les dates varient selon les auteurs.
Comment connaît-on l’histoire phénicienne ?
Par les fouilles, les inscriptions et les textes de peuples voisins, assyriens, grecs et romains.
Peut-on visiter des sites phéniciens ?
Oui : Liban, Tunisie, Sicile, Espagne, Malte et Sardaigne comptent des vestiges.
Des routes ouvertes il y a près de trois mille ans
Les Phéniciens rappellent qu’avant d’être un sport ou un loisir, la mer a été un chemin de commerce. Leurs navires sont perdus, leurs textes aussi, mais leurs routes continuent de porter des ferries et des voiliers. Quand vous arrivez dans un vieux port de Méditerranée, pensez à eux. Pour emporter un peu de cet esprit au poignet, parcourez nos bijoux marins et lisez notre guide sur la signification des bijoux marins.