Vous mouillez au pied d’un îlot de granit rose, dans la lumière rasante du soir. Trois heures plus tard, vous serez à sec sur le sable, et demain matin l’archipel aura changé de forme : à Chausey, on compte 365 îlots à marée basse et seulement 52 à marée haute. C’est le premier des dix mouillages en France que voici, de la Manche à la Corse. Dix nuits, dix histoires : un empereur qui regarde la mer sans pouvoir la traverser, un cadeau de mariage grand comme une île, des carriers qui ont cassé du granit pendant des générations. Et quelques règles à connaître, parce qu’un beau mouillage est aussi un lieu fragile.

Ce qui fait un beau mouillage
Un mouillage est un endroit où un bateau s’arrête pour la nuit, à l’abri du vent et de la houle, ancre au fond. Un beau mouillage réunit un abri, un fond de sable clair, une eau transparente et un paysage préservé. Pour ceux qui n’ont pas de bateau, ces mêmes lieux se rejoignent par des vedettes et des navettes, et se parcourent à pied ou à vélo une fois sur place.
Comment y aller sans bateau personnel
Pour les Glénan, des vedettes partent de Bénodet, Concarneau, Loctudy et Fouesnant, pour une heure de traversée environ. À Bréhat, une compagnie assure en dix minutes, toute l’année, la traversée depuis la pointe de l’Arcouest. À l’île d’Aix, une navette relie toute l’année Fouras en vingt minutes. Pour les autres sites, des navettes partent de la côte ; renseignez-vous auprès des offices de tourisme. Dans les zones protégées, les règles de mouillage varient, et le bon réflexe est toujours de consulter le gestionnaire du site ou la préfecture maritime avant de venir.
1. Chausey : l’archipel qui disparaît
Au large de Granville, dans la baie du Mont-Saint-Michel, Chausey offre un paysage de granit rose, de sable blanc et d’eaux claires. Le marnage peut y atteindre quatorze mètres, l’un des plus grands d’Europe, et c’est lui qui fait passer l’archipel de 365 îlots à marée basse à 52 à marée haute. Au XIXe siècle, les carrières de granit ont employé jusqu’à cinq cents carriers. Aujourd’hui, le site est classé et fait partie du réseau Natura 2000. Mouillez dans les zones balisées et planifiez la marée avec soin.
2. Bréhat : l’île aux fleurs
Bréhat, l’« île aux fleurs », se compose de deux îles principales entourées d’îlots. Le climat doux y permet une végétation luxuriante. Les mouillages sont abrités, mais les courants de marée sont forts : l’approche demande de la prudence et des cartes à jour.
3. Glénan : un lagon breton né d’un rêve de résistants
Sept îles principales, des plages de sable blanc et une eau turquoise : on se croirait sous les tropiques, mais l’eau reste bretonne. C’est ici que fut fondé, en 1947, le Centre nautique des Glénans. Le mouillage le plus célèbre est la Chambre, entre Saint-Nicolas, Bananec et le fort Cigogne. Le site est très fréquenté l’été et soumis à des règles de protection de la nature. Notre guide de la Bretagne sud en voilier raconte cette histoire.
4. Houat : la discrète du Morbihan
Plus discrète que ses voisines, Houat séduit par ses plages sauvages, ses falaises basses et ses criques abritées. C’est une escale paisible, à proximité de Belle-Île et de la presqu’île de Quiberon, qui change du tumulte des grandes îles.
5. Noirmoutier : le passage qui s’ouvre à marée basse
L’île aux mimosas séduit par ses plages, ses marais salants et son passage du Gois, une route submersible accessible à marée basse. Les mouillages se choisissent en fonction des vents et du fond ; renseignez-vous auprès de la capitainerie sur les zones recommandées.
6. L’île d’Aix : le dernier sol de France de l’Empereur
Petite île sans voiture, bordée de plages et d’un village paisible, l’île d’Aix est aussi le lieu de la dernière étape de Napoléon sur le sol français, du 12 au 15 juillet 1815 selon la Fondation Napoléon (les dates varient selon les sources). Après Waterloo, il avait gagné Rochefort puis se retrouva bloqué là, face à une mer que les Anglais surveillaient. Il logea dans la maison du commandant de la place, qu’il avait lui-même fait construire en 1808, et y rédigea le brouillon de sa lettre au gouvernement britannique. La maison est aujourd’hui un musée. Vous mouillerez à proximité de la plage, à courte distance du village.
Qu’y a-t-il à voir ?
La maison de l’Empereur, bien sûr, mais aussi les ruelles blanches et la plage. Prévoyez une demi-journée à terre.
7. Le bassin d’Arcachon : les cabanes sur pilotis
Au cœur du bassin d’Arcachon, l’île aux Oiseaux est un site naturel exceptionnel, avec ses cabanes tchanquées perchées sur pilotis et ses oiseaux nombreux. La navigation dans le bassin dépend fortement des marées et des chenaux balisés : suivez le balisage et consultez les horaires de marée.
8. Porquerolles : une île offerte en cadeau
Au large d’Hyères, Porquerolles est célèbre pour ses plages de sable fin et sa forêt de pins. En 1912, François Joseph Fournier, un Belge né dans une famille de bateliers, achète l’île entière, apparemment comme cadeau de mariage pour son épouse Sylvia. L’histoire raconte qu’il aurait vu l’annonce de la vente aux enchères pendant leur voyage de noces. En 1971, l’État en a acquis environ 80 % pour la préserver de l’urbanisation. Une partie de l’île est aujourd’hui dans le parc national de Port-Cros, avec des règles précises pour le mouillage et la protection des herbiers de posidonie. Des zones équipées de bouées existent : vérifiez les conditions et les tarifs.
9. Les îles de Lérins : l’abbaye et la forteresse
Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, à quelques encablures de la baie de Cannes, offrent des forêts de pins, une abbaye et des eaux claires. Sainte-Marguerite garde aussi la mémoire d’une prison célèbre, celle où l’on enferma, selon l’histoire, le mystérieux prisonnier au masque de fer. Les règles de mouillage sont strictes pour protéger les fonds : informez-vous avant de venir.
10. Les calanques de Piana : des roches rouges dans le bleu
Dans le golfe de Porto, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983, les calanques de Piana forment un décor de roches rouges plongeant dans une mer d’un bleu profond. Le site est exposé et protégé : le mouillage y est réglementé dans certaines zones. Voyez notre guide des plus belles escales en Corse.

Tableau : dix mouillages, dix précautions
| Mouillage | Région | Son histoire | À savoir |
|---|---|---|---|
| Chausey | Normandie | 365 îlots, puis 52 | Fort marnage, zones balisées |
| Bréhat | Bretagne Nord | L’île aux fleurs | Courants de marée |
| Glénan | Bretagne Sud | Le centre nautique de 1947 | Affluence, protection de la nature |
| Houat | Morbihan | Plages sauvages | Houle selon l’exposition |
| Noirmoutier | Vendée | Le passage du Gois | Marée et fond |
| Île d’Aix | Charente-Maritime | Napoléon, juillet 1815 | Vent et courants dans la rade |
| Arcachon | Aquitaine | Cabanes tchanquées | Marée, chenaux balisés |
| Porquerolles | Var | Une île achetée en 1912 | Parc national, posidonie |
| Lérins | Alpes-Maritimes | L’abbaye et le prisonnier masqué | Règles strictes de mouillage |
| Piana | Corse | UNESCO depuis 1983 | Exposition et protection |

Les règles du savoir-vivre au mouillage
- Gardez vos distances avec les voisins et laissez-leur un cercle d’évitage.
- Ne rejetez rien à l’eau : ni déchets, ni eaux usées dans un site fermé.
- Respectez le calme, surtout la nuit.
- Évitez de mouiller sur les herbiers et les zones signalées.
- Ne dérangez pas la faune et ne cueillez rien.
Questions fréquentes sur les mouillages en France
Peut-on mouiller n’importe où en France ?
Pas partout. Le mouillage forain est généralement libre, mais soumis aux règles locales de sécurité, de protection du milieu et de police de la navigation.
Qu’est-ce qu’un mouillage forain ?
Un mouillage hors d’un port, sur ancre ou sur bouée, dans une zone où l’on peut s’arrêter.
Pourquoi ne faut-il pas mouiller sur la posidonie ?
Parce que l’ancre arrache les herbiers, qui mettent des années à repousser et protègent le littoral.
Quel est le plus beau mouillage de France ?
Cela dépend du vent et de l’humeur. Chausey, les Glénan et Porquerolles reviennent souvent en tête.
Peut-on voir ces sites sans bateau personnel ?
Oui, pour beaucoup d’entre eux : vedettes depuis Bénodet ou Concarneau pour les Glénan, dix minutes depuis la pointe de l’Arcouest pour Bréhat, vingt minutes depuis Fouras pour l’île d’Aix.
Quel est le meilleur moment pour y aller ?
En juin et en septembre, quand les sites les plus connus sont moins fréquentés. Juillet et août sont très demandés.
Dix nuits, une même règle
De Chausey à Piana, la leçon est la même : on ne possède pas un mouillage, on l’emprunte. L’empereur de l’île d’Aix y a attendu en vain une issue, le mari de Sylvia a acheté une île entière, les carriers de Chausey ont taillé le granit : ce que vous voyez est le résultat de leurs passages. Laissez le vôtre aussi léger que possible. Et si vous voulez en garder une trace, parcourez nos bijoux marins : une ancre, une boussole, un petit gouvernail suffisent à se souvenir d’une bonne nuit au mouillage.