Six heures du matin, devant Port-Navalo. La mer file vers la passe comme une rivière, et vous regardez le courant faire sa loi : ici, ce n’est pas le bateau qui choisit l’heure, c’est la marée. Voilà le caractère de la Bretagne sud en bateau. Derrière cette porte étroite s’ouvre une petite mer qui se dit semée d’autant d’îles que l’année compte de jours. Plus au large, un archipel de sable blanc où une école de voile est née d’un rêve de résistants. Et plus loin encore, des falaises que Monet a peintes. Trois escales en Bretagne sud, trois ambiances.

Le golfe du Morbihan : la petite mer aux 365 îles (ou presque)

Mor Bihan veut dire « petite mer » en breton, et le golfe a donné son nom au département. Selon la tradition, il compterait autant d’îles que de jours dans l’année. Une autre légende raconte que des fées chassées de la forêt de Brocéliande y auraient jeté leurs couronnes en pleurant, et que chaque couronne serait devenue une île.

La réalité est plus modeste, et pourtant magnifique : les décomptes vont de trente à quarante îles et îlots, parfois jusqu’à soixante selon ce qu’on appelle une île. Deux seulement sont de vraies communes, l’île aux Moines et l’île d’Arz. Beaucoup d’autres sont privées. On les rejoint par des navettes, dont plusieurs fonctionnent toute l’année, avec des liaisons saisonnières depuis Vannes et Port-Navalo d’avril à octobre. Le jour où vous accosterez sur l’une d’elles, vous comprendrez pourquoi la légende a préféré un chiffre rond.

Un courant qu’on regarde passer

L’entrée du golfe est une passe étroite où les courants de marée sont particulièrement forts. Plus loin, à l’est de l’île aux Moines, le courant de la Jument peut atteindre environ neuf nœuds par vive-eau selon les guides : plus que la vitesse de beaucoup de voiliers de croisière. Dans le golfe, le courant tourne en retard sur l’heure annoncée dans les tables, jusqu’à deux heures environ entre Port-Navalo et Vannes. C’est un spectacle à lui seul, depuis le pont ou depuis la rive. Sur un voilier, on attend l’étale ; en navette, on laisse le pilote s’en occuper.

Passe étroite du golfe du Morbihan avec un voilier et des remous de courant à la surface
Dans les passes du golfe du Morbihan, le courant dessine des remous visibles à la surface.

Les Glénan : un lagon né d’un rêve de résistants

À une dizaine de milles au large de Concarneau, l’archipel des Glénan a l’air d’un lagon qui se serait trompé de latitude : sable blanc, eau claire, quelques îles basses. Des bateaux partent de Bénodet, Concarneau, Loctudy et Fouesnant : comptez environ une heure de traversée jusqu’à Saint-Nicolas, l’île principale. Les Vedettes de l’Odet assurent la liaison au départ de Bénodet et de Concarneau d’avril à septembre, et de Beg-Meil, Port-la-Forêt et Loctudy en juillet et août ; la traversée coûte moins cher depuis Concarneau.

C’est ici, en 1947, que Philippe et Hélène Viannay, anciens résistants, fondent ce qui deviendra le Centre nautique des Glénans. Au départ, l’idée n’est pas la voile : ils cherchent un refuge isolé où retrouver des compagnons de la Résistance. La voile vient ensuite, parce que dans un archipel désert on ne se déplace qu’en bateau. Le cotre Sereine, douze mètres, fait partie des premiers. Aujourd’hui, l’école est une association reconnue d’utilité publique, qui compte plusieurs bases, aux Glénan, à Concarneau, sur l’île d’Arz et ailleurs.

La Chambre et le fort Cigogne

Le plan d’eau le plus célèbre est la Chambre, un abri entre Saint-Nicolas, Bananec et le fort Cigogne. Les fonds y sont de deux à cinq mètres de sable blanc, ce qui explique la couleur de l’eau. Le fort Cigogne a été construit à partir de 1756 pour empêcher les corsaires anglais de s’y abriter. Les fonds de sable découvrent à marée basse : le paysage change deux fois par jour.

Plan d’eau abrité entre petites îles de sable, voiliers au mouillage vus des remparts d’un fort
Le mouillage de la Chambre, protégé entre trois îles, vu du fort Cigogne.

Belle-Île : là où Monet a posé son chevalet

Belle-Île est desservie toute l’année au départ de Quiberon, pour une traversée d’environ huit milles jusqu’à Sauzon. C’est la plus grande des îles bretonnes, et elle a séduit les artistes. En 1886, Claude Monet s’y installe et peint les rochers de Port-Coton, dont le nom viendrait de l’écume qui s’en envole comme des boules de coton les jours de tempête. Les sources divergent sur le nombre de toiles, entre vingt-sept et trente-neuf. Plus au nord, la comédienne Sarah Bernhardt a fait de l’ancien fort de la pointe des Poulains sa résidence d’été, un refuge qu’elle a gardé pendant des années.

Sur la côte sauvage, les rochers de Port-Coton se dressent comme des pyramides de pierre que l’océan a usées pendant des siècles : c’est ce décor que Monet a peint, et il suffit d’y venir par un jour de houle pour comprendre ce qui l’a fasciné. Au nord, l’ancienne villa de Sarah Bernhardt est aujourd’hui un musée. Une balade sur le sentier des falaises relie ces deux visages de l’île, entre mer agitée et criques abritées.

Houat et Hoëdic, plus petites que Belle-Île, sont des escales pour souffler : une journée ou une nuit, le temps de se baigner et de regarder la côte s’éloigner. Si vous naviguez, un guide propose une boucle de 28 milles sur trois jours, Quiberon, Sauzon, Houat, retour à Quiberon, en signalant que le passage de la Teignouse est délicat par mauvais temps.

Trois escales, trois caractères

EscaleCe que vous y vivezSa légende ou son histoireComment y aller
Golfe du MorbihanDes îles, des courants, des mouillages calmesLes fées de Brocéliande et les 365 îlesNavettes depuis Vannes et Port-Navalo
GlénanSable blanc et eaux clairesLe centre nautique de 1947Vedettes depuis Concarneau, Bénodet, Loctudy
Belle-Île et HouatFalaises, ports et criquesMonet et Port-CotonDepuis Quiberon, toute l’année

Cinq jours pour tout voir

  • Jour 1 : Vannes ou Port-Navalo, navette dans le golfe, île aux Moines ou île d’Arz.
  • Jour 2 : tour du golfe, déjeuner sur une île, retour à l’heure où le courant s’apaise.
  • Jour 3 : Quiberon, traversée vers Belle-Île, Sauzon ou Le Palais, balade sur les falaises.
  • Jour 4 : Houat ou Hoëdic, ou le rocher de Port-Coton à la lumière du soir.
  • Jour 5 : cap sur le Finistère sud et vedette pour les Glénan depuis Concarneau.

Ce programme est une trame : en Bretagne sud, la marée et la météo décident toujours en dernier, et c’est ce qui fait le charme de chaque journée.

Si vous naviguez vous-même : trois repères

Consultez le coefficient et l’heure de l’étale avant de franchir la passe du golfe : passer autour de l’étale, par un coefficient modéré, évite de se faire emporter. Aux Glénan, les fonds de sable découvrent à marée basse : calculez la hauteur d’eau et gardez une marge sous la quille. Entre Quiberon, Belle-Île et Houat, un guide de navigation à la voile et à l’aviron propose une boucle de 28 milles sur trois jours, en signalant que le passage de la Teignouse est délicat par mauvais temps. Dans tous les cas, ayez un plan B : un second abri à moins de deux heures.

Quand y aller

Les guides recommandent plutôt juin et septembre : en juillet et en août, le golfe est saturé et les ports sont complets. Réservez vos traversées et vos hébergements à l’avance, surtout pour les Glénan, dont la saison de vedettes s’étend d’avril à septembre. Emportez un coupe-vent même en été : la Bretagne sud change de visage plusieurs fois par jour.

Faut-il savoir naviguer ?

Non. Les navettes, les vedettes et les croisières à la journée permettent de tout voir sans barrer. Si vous préférez naviguer vous-même, gardez en tête le coefficient de marée et l’heure de l’étale : notre article sur les marées et les courants explique ces notions.

Questions fréquentes sur la Bretagne sud en bateau

Quelle est la meilleure période ?

Juin et septembre, pour la fréquentation moindre et la météo souvent plus stable.

Comment aller aux Glénan ?

En vedette depuis Bénodet, Concarneau, Loctudy ou Fouesnant : environ une heure jusqu’à Saint-Nicolas, d’avril à septembre.

Comment aller à Belle-Île ?

Depuis Quiberon, toute l’année, jusqu’à Sauzon ou Le Palais.

Faut-il réserver les traversées ?

En juillet et en août, oui, surtout pour les vedettes des Glénan et pour Belle-Île : les places partent vite et les horaires dépendent de la marée et de la saison.

Combien d’îles compte le golfe du Morbihan ?

Entre trente et quarante selon les décomptes, parfois soixante. La légende dit 365.

Peut-on se baigner aux Glénan ?

Oui, l’eau reste bretonne, donc fraîche, mais le sable blanc et la transparence de l’eau valent le détour.

Qui était Monet à Belle-Île ?

Un peintre venu en 1886 et fasciné par les rochers de Port-Coton. Les sources donnent entre vingt-sept et trente-neuf toiles.

Retour devant Port-Navalo

Au bout de quelques jours, vous repassez la porte du golfe, cette fois en sachant lire le courant. Les fées de Brocéliande ont peut-être jeté leurs couronnes dans le golfe, des résistants ont appris à naviguer aux Glénan et Monet a posé son chevalet à Belle-Île : chacun a laissé ici quelque chose de sa manière de regarder la mer. Si vous voulez en garder un souvenir sobre, parcourez nos bijoux marins : une boussole, une ancre ou un petit gouvernail suffisent à rappeler un matin de marée.