Sur la ligne d’arrivée d’une régate, il y a toujours une grande tache de couleur : un spi gonflé comme un ballon, rouge, bleu ou jaune, qui tire le bateau vers l’avant. Le spi, ou spinnaker, est la grande voile d’avant des allures portantes, celle qu’on envoie quand le vent souffle de l’arrière. Spectaculaire, il peut aussi se révéler capricieux : une mauvaise manœuvre, et le voilà qui s’enroule autour de l’étai. Voici ce qu’est un spi, ses familles (symétrique, asymétrique, gennaker), comment il fonctionne, comment l’envoyer, l’empanner et l’affaler sans drame, et les erreurs à éviter quand on le découvre.
Qu’est-ce qu’un spi, et à quoi sert-il ?
Le spinnaker, abrégé en « spi », est une voile d’avant légère, très creuse, taillée dans un tissu synthétique fin (du nylon ou un autre polyamide en général). Il se hisse sur l’avant du bateau, devant le mât, à la place du foc ou du génois, et ne sert que sur les allures portantes : du vent de travers largement ouvert jusqu’au vent arrière.
Pourquoi un spi plutôt qu’un génois ? Parce que, quand le vent vient de l’arrière, une voile classique travaille mal : elle se met en bannière, cachée par la grand-voile. Le spi, lui, offre une grande surface, très creuse, qui capte le vent de face comme un parachute. Sur le même bateau, le même vent, il peut faire gagner une vitesse considérable au portant.
L’origine du mot reste discutée. Une explication souvent citée évoque un yacht anglais, le Sphinx, qui aurait porté l’une des premières voiles de ce type dans les années 1860, d’où « Sphinx-acre » puis « spinnaker ». Ce qui est certain, c’est que la voile est née de la régate, et qu’elle est restée l’un de ses symboles.

Symétrique, asymétrique, gennaker : les trois familles
Le spi symétrique : le classique de la régate
Il est de forme triangulaire, avec deux angles identiques. Il se tient sur un espar, le tangon, qui le maintient écarté du mât et le positionne face au vent. C’est la voile des régates sur parcours « au vent / sous le vent » : il est performant au grand largue comme au vent arrière, mais il demande un équipage bien rodé, avec un tangon et des manœuvres plus nombreuses.
Le spi asymétrique : le choix de la croisière rapide
Il a une forme plus proche d’un génois très creux. Un de ses coins est fixé à l’étrave ou à un bout-dehors ; il n’a pas besoin de tangon. Il est beaucoup plus simple à envoyer et à manier, ce qui en fait le favori de la croisière et des dériveurs modernes. Il est efficace du travers au grand largue, moins au vent arrière strict.
Le gennaker et le code zéro : les voiles intermédiaires
Le gennaker est un asymétrique, souvent un peu plus plat, qui se roule parfois sur un enrouleur. Le code zéro, lui, est une grande voile d’avant très plate, adaptée aux allures de travers dans le petit temps. Ce sont des voiles de confort, très utiles en croisière pour profiter d’un vent faible.
Tableau : quel spi pour quel usage ?
| Voile | Allures idéales | Manœuvres | Pour qui ? |
|---|---|---|---|
| Spi symétrique | Grand largue et vent arrière | Tangon, bras, écoute, hale-bas | Régatiers, équipage rodé |
| Spi asymétrique | Travers à grand largue | Plus simples, sans tangon | Croisière rapide, petits équipages |
| Gennaker | Travers à grand largue, vent léger | Souvent sur enrouleur | Croisière, confort |
| Code zéro | Travers, petit temps | Enrouleur, câble de tension | Croisière et régate |
Les éléments d’un spi : le vocabulaire à connaître
- La têtière : le coin supérieur, qui se hisse en haut du mât.
- Le point d’amure : le coin inférieur au vent, tenu par le bras et le tangon.
- Le point d’écoute : le coin inférieur sous le vent, tenu par l’écoute.
- Les ralingues : les bords de la voile, parfois renforcés.
- Le tangon : l’espar qui maintient le point d’amure (spi symétrique).
- La chaussette : un tube de toile dans lequel on range et affale le spi.

Envoyer le spi pas à pas
La manœuvre se prépare à terre, spi plié dans un sac ou une chaussette, bras et écoutes passés dans les poulies. Les gestes varient selon les bateaux, mais la logique est la même.
- Préparer la voile : vérifier que les trois coins sont bien identifiés et qu’aucune écoute n’est vrillée.
- Choisir le bon moment : cap stable, vent régulier, équipage prêt.
- Établir le tangon (si spi symétrique) et amener le point d’amure.
- Hisser la voile sans la lâcher : elle se gonfle quand elle sort de la chaussette ou du sac.
- Régler les écoutes : border le point d’écoute, ajuster le bras, régler la hauteur du tangon.
Le réglage le plus important tient en une phrase : on garde la voile « à la limite du faseyement ». Si le bord d’attaque commence à rentrer, on borde un peu ; s’il reste plein, on choque doucement. Un spi bien réglé a son bord d’attaque qui frémit à peine.
Empanner et affaler en sécurité
L’empannage de spi demande de la méthode, surtout avec un spi symétrique : on change le tangon de côté, on passe les écoutes, on tourne le bateau. Sur un asymétrique, l’opération est plus simple : la voile passe devant le bateau, de l’autre côté du génois. Pratiquez-la par vent modéré avant de la tenter dans la brise.
L’affalage se fait en reprenant le contrôle de la voile : on lâche la drisse, on tire sur le hale-bas ou on engage la chaussette, et on rentre la voile à bord. L’affalage « sous le vent de la grand-voile » est la technique la plus sûre, car la voile n’est pas exposée au vent.
Les erreurs et les incidents classiques
Le départ au lof ou la mise sur le côté
Dans une risée, le bateau peut partir au lof, c’est-à-dire se mettre en travers du vent, en couchant. On le prévient en choquant l’écoute de spi et en réduisant la voilure à temps.
Le spi enroulé autour de l’étai
Un enroulement arrive quand la voile se vrille autour du foc ou de l’étai. On le prévient en gardant le spi plein, et on le défait en affalant doucement et en dégageant la voile.
La voile qui fait un sablier
Une voile mal hissée peut se tordre et former un nœud en sablier au milieu de la voile. L’emploi d’une chaussette limite considérablement ce risque.

Combien de vent supporte un spi ?
Il n’y a pas de limite universelle. Un spi est une voile de brise légère à moyenne ; au-delà d’une certaine force du vent, le bateau devient difficile à tenir, et il faut rentrer la voile avant de se faire surprendre. Fiez-vous à l’avis du constructeur de la voile et à votre expérience : en cas de doute, prenez-le tôt, pas tard. Consultez aussi notre guide sur les types de voiliers et de voiles.
Choisir son premier spi
Pour débuter, privilégiez un spi asymétrique avec chaussette. Il demande moins de manœuvres, pardonne davantage et se range facilement. Demandez à votre voilier de vous conseiller une surface adaptée à votre bateau et à votre zone de navigation : un spi trop grand rend le bateau difficile à tenir dès que le vent se lève.
Pensez aussi aux accessoires : poulies à rouleaux, bouts souples et antidérapants pour les écoutes, manilles légères. Un bon réglage dépend autant de la qualité des bouts que de la voile elle-même. Prévoyez enfin un sac de rangement à l’abri de l’humidité, et un kit de réparation adhésif.
Entretien et rangement
Un spi est une voile fragile, en tissu très léger. Évitez de le laisser frotter contre des arêtes vives ou des ferrures, rincez-le à l’eau douce après la saison et séchez-le entièrement avant de le plier. Rangez-le au sec, loin de la lumière directe, qui abîme les fibres. Une inspection annuelle des coutures et des renforts, chez un voilier, prolonge sa vie.
Questions fréquentes sur le spi
Quelle différence entre un spi et un gennaker ?
Le spi symétrique se tient sur un tangon et se règle des deux côtés ; le gennaker est asymétrique, plus simple, et se manie comme un génois très creux.
Peut-on utiliser un spi en croisière ?
Oui, surtout un asymétrique ou un gennaker, plus simples. Un bon équipage, une chaussette et un peu de pratique suffisent.
Un spi se lave-t-il ?
On le rince à l’eau douce après un contact avec l’eau de mer, puis on le sèche avant de le ranger pour éviter les moisissures.
Que faire si le spi se déchire ?
Affalez-le dès que possible. Une petite déchirure se répare avec du ruban adhésif de voilerie pour finir la journée, avant une vraie réparation chez un voilier.
Quelle couleur choisir ?
Sans importance pour les performances. Les couleurs vives servent surtout à repérer les bateaux et à faire joli sur les photos.
Pour garder en tête
Le spi est la voile des allures portantes : grande, creuse, légère, il apporte de la vitesse et du plaisir. Choisissez-le selon votre programme (régate ou croisière), entraînez-vous par vent modéré et gardez toujours le réflexe d’affaler à temps. Pour votre prochaine sortie, découvrez nos bijoux marins aux couleurs de la mer.