Le vent tombe, la nuit approche, le port est à dix milles. Sur un voilier classique, c’est l’heure du moteur ; sur un voilier mixte, c’est simplement la suite du programme. Entre le voilier pur et le bateau à moteur, il existe une famille que les puristes regardent parfois de haut et que les croisiéristes apprécient beaucoup : le voilier mixte, aussi appelé motor-sailer, ou « fifty » dans le langage courant, parce qu’il se veut à parts égales voilier et bateau à moteur. Voici ce qu’est un voilier mixte, ce qui le distingue d’un voilier classique et d’un trawler, pour quels programmes de navigation il est fait et ce qu’il faut vérifier avant d’en acheter ou d’en louer un.

Qu’est-ce qu’un voilier mixte ?

Un voilier mixte est un bateau conçu pour naviguer aussi bien à la voile qu’au moteur, sans que l’un des deux modes soit une solution de secours. On le définit de deux manières, selon le point de départ : un bateau à moteur doté d’une quille et d’un gréement, ou un voilier doté d’une motorisation importante. Dans les deux cas, le moteur n’est pas un auxiliaire, il fait partie du programme.

Le mot « fifty » vient de cette idée de partage : à peu près moitié voile, moitié moteur. En pratique, la proportion varie selon les modèles, les conditions et le programme de navigation du propriétaire.

Voilier mixte avec un poste de pilotage intérieur vitré naviguant sur une mer calme
Le poste de barre abrité est l’un des grands atouts du voilier mixte.

Ce qui distingue un voilier mixte d’un voilier classique

Plusieurs caractéristiques reviennent souvent, même si elles varient d’un modèle à l’autre.

Un moteur plus puissant et plus de carburant

Un voilier mixte embarque un moteur nettement plus puissant que celui d’un voilier de croisière classique, et des réservoirs de plus grande capacité. L’objectif est de pouvoir avancer à une bonne vitesse, sur de longues distances, quand le vent manque ou quand l’on est pressé.

Un poste de pilotage abrité

Beaucoup de voiliers mixtes ont un poste de barre intérieur, vitré, parfois chauffé, d’où l’on peut conduire le bateau à l’abri de la pluie et du froid. C’est l’un des grands atouts de la formule pour naviguer au printemps, en automne ou dans les mers du Nord.

Un volume intérieur généreux

La coque est souvent large et haute, avec un grand carré, une cuisine bien équipée et des cabines spacieuses. On y vit comme dans un petit appartement flottant.

Un gréement plus simple

Les voiles sont généralement plus petites et plus faciles à manier : enrouleurs de génois et de grand-voile, manœuvres ramenées au cockpit. Le voilier mixte n’est pas fait pour gagner des régates, il est fait pour avancer sans effort.

Naviguer à tous les temps : l’argument du voilier mixte

Quand le vent est portant et régulier, un voilier mixte avance très bien à la voile. Quand il tombe, on lance le moteur et on continue de progresser sans attendre. Quand il souffle de face, on peut choisir de louvoyer ou de motoriser, selon le temps dont on dispose. Cette souplesse séduit les équipages qui ont un calendrier à respecter : une semaine de croisière, un rendez-vous, un passage de marée à ne pas rater.

Elle explique aussi la popularité de cette formule dans le charter, avec les catamarans de croisière et certains monocoques, qui combinent grand confort, moteurs puissants et gréement simplifié. Beaucoup de plaisanciers navigent ainsi sans le savoir, avec un bateau qui est de fait un voilier mixte.

Tableau : voilier classique, voilier mixte ou bateau à moteur ?

CritèreVoilier classiqueVoilier mixteBateau à moteur
Propulsion principaleLa voileLa voile et le moteur à parts prochesLe moteur
Consommation de carburantFaibleMoyenneÉlevée
Confort à bordVariableÉlevé, avec poste de barre abritéÉlevé
Sensations de navigationFortesModéréesFaibles
Autonomie sans ventLimitéeBonneTrès bonne
Programme idéalCroisière sportive, régateCroisière au long cours, charterDistance et vitesse

Les puristes ont-ils raison de s’en méfier ?

Les puristes reprochent au voilier mixte de ne pas bien marcher à la voile : poids élevé, voilure réduite, comportement moins vif. C’est souvent vrai pour les modèles les plus orientés confort, et moins vrai pour les modèles qui ont gardé une vraie carène de voilier.

La bonne question n’est pas « est-ce un vrai voilier ? », mais « que veut-on en faire ? ». Pour tirer des bords dans la brise, mieux vaut un voilier léger. Pour parcourir deux cents milles en deux jours, avec un équipage de famille, quel que soit le vent, un voilier mixte peut être le choix le plus raisonnable.

Grand carré lumineux d’un voilier mixte avec table, banquettes et vue sur la mer
À l’intérieur, un voilier mixte offre le volume d’un petit appartement.
Infographie : voilier classique, voilier mixte et bateau à moteur comparés
Voilier classique, voilier mixte, bateau à moteur : les différences d’un coup d’œil.

Pour quels programmes de navigation ?

  • La croisière en famille : confort, sécurité et horaires tenus.
  • La navigation en eaux froides ou changeantes : poste de barre abrité, chauffage, grandes autonomies.
  • Les longues distances : avec un moteur puissant, on avance quand le vent manque.
  • Les navigateurs peu nombreux : à deux, voire seul, un gréement simplifié et un moteur puissant rendent les manœuvres plus accessibles.
  • Le charter : de nombreux catamarans de location sont de fait des voiliers mixtes.

Trois profils de plaisanciers qui choisissent un voilier mixte

Le couple qui veut naviguer tout l’année

Ce couple ne cherche pas la performance mais la régularité : sortir en mars comme en octobre, avoir chaud, pouvoir faire demi-tour si la météo se dégrade. Le poste de barre intérieur et le chauffage prennent ici tout leur sens.

La famille qui veut des horaires fiables

Avec des enfants à bord et un retour programmé le dimanche soir, impossible de dépendre du vent. Le moteur puissant garantit la ponctualité, et les volumes généreux de la cabine rendent la vie à bord plus simple.

Le navigateur qui prépare une longue étape

Pour une traversée de plusieurs jours, la réserve de carburant et la capacité à avancer dans les calmes sont des atouts. Le voilier mixte se rapproche alors d’un petit navire de croisière hauturière, plus confortable pour les équipiers.

Entretenir le moteur d’un voilier mixte

Sur un voilier mixte, le moteur travaille beaucoup plus que sur un voilier classique, et son entretien devient une priorité. Respectez le calendrier du constructeur : vidange, filtres à huile et à carburant, courroies, circuit de refroidissement, anodes. Purgez régulièrement le carburant pour éviter l’eau et les dépôts, et contrôlez le niveau d’huile avant chaque départ.

Tenez un carnet de bord moteur avec les heures de fonctionnement et les interventions : il rassure l’acheteur à la revente et vous évite les oublis. Et n’oubliez pas le reste de la ligne d’arbre, de l’hélice et du presse-étoupe, qui supportent des heures de marche plus nombreuses.

Ce qu’il faut vérifier avant d’acheter ou de louer

  1. Le moteur : puissance, heures de fonctionnement, historique d’entretien, accès pour les réparations.
  2. Les réservoirs : capacité en carburant et autonomie réelle à vitesse de croisière.
  3. Le comportement sous voiles : essayez-le au près et au portant, avec différentes forces de vent.
  4. La visibilité depuis le poste de barre : angles morts, accès au pont, sécurité en manœuvre.
  5. La coque : contrôlez l’état du stratifié, de l’hélice et du safran ; consultez notre article sur le bateau osmosé pour un contrôle complet.
  6. Le coût d’usage : consommation, entretien, assurance et place de port.

Les limites de la formule

Avant d’en venir aux défauts, un rappel utile : toutes les remarques ci-dessous dépendent du modèle. Un voilier mixte bien conçu navigue très honorablement à la voile ; un autre, plus lourd, n’avance vraiment qu’au moteur.

Un voilier mixte n’est pas parfait. Il consomme plus qu’un voilier classique, il demande l’entretien d’un moteur plus gros et son tirant d’eau, parfois important, peut limiter les mouillages peu profonds. Ses performances à la voile sont modestes, et sa revente peut être plus lente, selon le marché. En contrepartie, il rend la navigation accessible à un équipage qui n’a ni l’expérience ni le temps d’un régatier.

Questions fréquentes sur les voiliers mixtes

Quelle est la différence entre un fifty et un motor-sailer ?

Aucune : ce sont deux noms pour la même famille de bateaux. « Fifty » est un terme d’usage ; « motor-sailer » est la dénomination d’origine anglaise.

Un voilier mixte peut-il traverser un océan ?

Oui, certains modèles sont conçus pour cela, avec de grandes autonomies. Tout dépend de la construction et de la préparation du bateau, pas de l’appellation.

Faut-il un permis spécifique ?

Le permis dépend de la puissance du moteur et de la zone de navigation. Consultez les règles en vigueur sur le site du service public.

Est-ce plus cher qu’un voilier classique ?

À taille égale, souvent oui à l’achat et à l’entretien, en raison du moteur et de l’équipement. Mais il peut coûter moins cher à l’usage si l’on évite des escales forcées liées au manque de vent.

Est-ce un bon bateau pour débuter ?

Il peut l’être, grâce à sa stabilité et à ses manœuvres simples. Prenez néanmoins le temps d’apprendre les bases de la voile avec notre guide des types de voiliers.

Pour garder en tête

Le voilier mixte, ou fifty, est le choix des équipages qui veulent naviguer sans contrainte : confort, autonomie, gréement simple, moteur puissant. Choisissez-le pour le programme qu’il permet, pas pour la réputation qu’on lui prête. Et pour vos équipiers, un bijou marin est un joli souvenir de vos croisières.