Imaginez-vous aux Sables-d’Olonne, le dimanche 26 novembre 1989. Sur le chenal, la foule est dense, les voiliers défilent un à un vers le large, et chaque skipper part seul. Treize bateaux prennent la mer pour un tour du monde sans escale et sans assistance, une idée que beaucoup jugent encore un peu folle. Il leur faudra plus de trois mois pour revenir, et seuls sept arriveront au bout. Ainsi commence le Vendée Globe, la course que la France regarde depuis lors comme son rendez-vous de la mer.

Une idée de Philippe Jeantot

À l’origine de la course, il y a un navigateur, Philippe Jeantot, qui connaît déjà les tours du monde en solitaire avec escales. Il imagine une épreuve plus dure : un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Seul à bord, le skipper ne touche aucun port, ne reçoit aucune aide extérieure et doit réparer lui-même ce qui casse. La règle est simple à énoncer, et terriblement exigeante à tenir.

Jeantot prend lui-même le départ de la première édition. Selon le classement de l’époque, il termine quatrième, en un peu plus de 113 jours, après des ennuis techniques et des vents défavorables. Le fondateur de la course n’a donc pas gagné la sienne, et l’histoire n’en est que plus belle.

1989-1990 : Titouan Lamazou ouvre le palmarès

Le premier vainqueur du Vendée Globe est Titouan Lamazou, sur Écureuil d’Aquitaine II, en 109 jours. Il fixe le premier temps de référence de l’épreuve, un chiffre qui tiendra jusqu’à l’édition 1996-1997. Treize bateaux au départ, sept à l’arrivée : cette proportion rappelle ce qu’est la course. Près d’un concurrent sur deux abandonne, et chaque édition garde un goût de défi.

Que veut dire « sans escale et sans assistance » ?

Le skipper ne s’arrête dans aucun port et ne reçoit aucune aide matérielle. Il peut échanger par radio, suivre la météo et recevoir des conseils à distance, mais il répare, barre et dort seul à bord. En cas de problème grave, la course impose des règles de sécurité et de secours, et un concurrent peut en aider un autre en détresse sans être pénalisé de la même manière.

Le parcours : trois océans, trois caps

Au départ des Sables-d’Olonne, la route descend l’Atlantique, passe le cap de Bonne-Espérance, traverse l’océan Indien et le Pacifique sud par le cap Leeuwin puis le cap Horn, avant de remonter l’Atlantique jusqu’à la Vendée. Le tout en laissant l’Antarctique au sud, comme le demande la règle. Les skippers parlent des « mers du Sud », ces latitudes où les vagues sont immenses et le froid mordant. Les navigateurs y croisent parfois des icebergs, que la course tente d’éviter par des zones interdites.

Voilier de course dans une grosse houle des mers du Sud
Dans les mers du Sud, la houle immense met les bateaux à l’épreuve.

Les bateaux : du monocoque classique aux foils

Les bateaux du Vendée Globe sont des monocoques de 60 pieds, soit environ dix-huit mètres. Leur taille est fixée par une jauge, mais leur conception évolue sans cesse. Depuis quelques éditions, les voiliers sont équipés de foils, des appendices en forme d’aile qui sortent de la coque et la soulèvent à grande vitesse. Plus rapides, ces bateaux sont aussi plus difficiles à maîtriser.

À chaque édition, on compare les temps. La vitesse a augmenté parce que les bateaux sont plus légers, les voiles plus performantes, la météo mieux prévue. Mais la fatigue du skipper ne diminue pas : il dort par tranches de quelques minutes, comme tous les navigateurs en solitaire.

Les records, et un finish en 2025

Le record de l’épreuve a longtemps appartenu à Armel Le Cléac’h, en 74 jours et un peu plus de 3 heures lors de l’édition 2016-2017. En janvier 2025, Charlie Dalin, sur MACIF Santé Prévoyance, a franchi la ligne d’arrivée en 64 jours, 19 heures, 22 minutes et 49 secondes, soit près de neuf jours de moins que l’ancien record. Il avait déjà fini premier sur la ligne lors de l’édition 2020-2021, mais Yannick Bestaven, bénéficiaire d’un temps de compensation après avoir participé aux opérations de sauvetage de Kevin Escoffier, avait été déclaré vainqueur.

Une course à classement, pas seulement à la ligne

Ce précédent montre une chose : au Vendée Globe, l’arrivée en premier ne suffit pas toujours. Le jury peut accorder du temps à ceux qui se déroutent pour aider un concurrent, et c’est dans l’esprit de la mer. Entre vitesse et solidarité, les navigateurs savent que le deuxième principe passe avant le premier.

Suivre la course comme un passionné

Pendant plus de deux mois, la course se suit en direct sur une carte où chaque bateau avance, avec les positions mises à jour plusieurs fois par jour. Si vous voulez comprendre ce que vous regardez, quelques repères suffisent. Un classement se lit en milles restant à parcourir jusqu’à l’arrivée, et les écarts entre les bateaux changent selon les systèmes météo qu’ils croisent. Notre guide du bulletin météo marin vous aide à décoder ce que les skippers lisent chaque matin.

Carte de course affichée sur un écran avec des positions de voiliers
Pendant deux mois, la course se suit en direct sur une carte.

La vie à bord : dormir par morceaux

Un skipper du Vendée Globe n’a personne pour prendre la barre pendant qu’il dort. Il dort donc par tranches très courtes, de quelques minutes à une ou deux heures, entre deux vérifications du cap, du ciel et de l’horizon. Un système d’alarme et un radar l’aident à surveiller les bateaux qui passent, mais la vigilance reste la sienne. La fatigue est l’adversaire invisible de la course : elle brouille les décisions, fait manquer une manœuvre, et peut faire casser un bateau.

Les repas sont souvent des plats déshydratés, réchauffés à l’eau chaude. Les journées s’organisent autour de la météo, des réglages de voiles et des réparations. Beaucoup de skippers racontent que le plus dur n’est pas la tempête, mais la durée : tenir plus de soixante jours sans jamais déléguer.

Rester en contact avec le monde

Les skippers envoient des vidéos et des messages à l’organisation de la course, qui les diffuse. Ils peuvent aussi échanger avec leur équipe à terre, mais la règle d’assistance leur interdit de recevoir des conseils techniques directs pendant la course. L’image du navigateur seul reste donc vraie, même si la radio et le satellite l’ont rendu moins isolé que Joshua Slocum.

Le vocabulaire de la course en six mots

  • IMOCA : la classe de bateaux utilisée sur le Vendée Globe, les monocoques de 60 pieds.
  • Skipper : le navigateur seul à bord, qui est à la fois barreur, mécanicien et météorologue.
  • Mers du Sud : les océans entre les trois caps, où les vagues sont les plus grosses.
  • Pot au noir : la zone de calmes et d’orages proche de l’équateur, redoutée à la descente comme à la remontée.
  • Foil : l’aile qui soulève la coque et fait « voler » le bateau.
  • Cap Horn : le passage symbolique entre le Pacifique et l’Atlantique, le dernier des trois caps.

Pour aller plus loin dans le vocabulaire de la mer, vous pouvez consulter notre article sur les expressions marines qui ont gagné la langue de tous les jours.

Les Sables-d’Olonne, une ville en fête

Avant chaque départ, la ville s’anime : un village de la course, des pontons ouverts au public, des stands et des animations. Les visiteurs viennent pour voir les bateaux de près, croiser les skippers et prendre une photo du chenal. Si vous avez la chance de passer par là, prévoyez de venir tôt et de vous habiller chaudement : le vent de novembre souffle sur la jetée.

Comment lire un classement sans se perdre

Sur la carte, le premier bateau n’est pas toujours celui qui a le plus d’avance réelle. Les skippers ne suivent pas la même route : certains passent plus au sud, où la distance est plus courte mais le vent plus dur, d’autres choisissent un détour qui leur promet plus de vent. Le classement affiche donc la distance restant à parcourir jusqu’à l’arrivée, et un bateau peut perdre des places sur le papier en choisissant une route plus sûre. Regardez surtout les écarts de vitesse sur vingt-quatre heures : c’est là que se lit la forme d’un bateau et d’un homme ou d’une femme.

Prenez le temps d’observer deux ou trois skippers plutôt que toute la flotte, en suivant un duo qui se tire la bourre depuis le départ. La course gagne alors un visage, et vous comprendrez vite pourquoi tant de gens se prennent au jeu.

Les repères du Vendée Globe

ÉditionFait marquantRemarque
1989-1990Première édition, 13 départs, 7 arrivéesTitouan Lamazou gagne en 109 jours
2016-2017Armel Le Cléac’h établit un recordUn peu plus de 74 jours
2020-2021Yannick Bestaven déclaré vainqueurTemps de compensation après un sauvetage
2024-2025Charlie Dalin bat le record64 jours, 19 heures, 22 minutes

Questions fréquentes sur le Vendée Globe

Tous les combien le Vendée Globe a-t-il lieu ?

Tous les quatre ans, avec un départ des Sables-d’Olonne à l’automne.

Qui a gagné la première édition ?

Titouan Lamazou, en 109 jours, en 1989-1990.

Que veut dire « sans assistance » ?

Le skipper ne reçoit aucune aide matérielle extérieure et ne fait aucune escale.

Quel est le record de l’épreuve ?

64 jours, 19 heures, 22 minutes et 49 secondes, par Charlie Dalin en janvier 2025.

Pourquoi tant d’abandons ?

La course est longue, les mers du Sud sont dures, et un bris de matériel suffit à stopper un bateau.

Peut-on aller voir le départ ?

Oui, le chenal des Sables-d’Olonne et le village de la course sont ouverts au public avant le départ.

Pour garder en tête

Le Vendée Globe tient en une règle simple et une promesse : un tour du monde, seul, sans escale. En trente-cinq ans, les bateaux ont changé, les temps ont fondu, et l’esprit est resté. Pour emporter un peu de ce large, parcourez nos bijoux marins, ou lisez l’histoire d’un autre navigateur solitaire dans notre article sur Joshua Slocum.