Il est sept heures, le café est encore chaud et le pont presque vide. La pierre claire d’un palais s’éloigne doucement, puis une île, puis une autre, à peine plus sombres que le ciel. C’est ainsi que la Croatie se découvre : par la mer, d’escale en escale, avec une cité de pierre au réveil et une crique turquoise pour la baignade de midi. Voici les escales en Croatie qui font le charme d’une croisière sur l’Adriatique : Split, Hvar, Korčula, Dubrovnik, et un dernier détour par Vis, qui pourrait bien rester votre plus beau souvenir.

Une semaine entre Split et Dubrovnik
La croisière classique dure sept nuits et relie Split à Dubrovnik, ou Trogir à Dubrovnik, dans un sens comme dans l’autre. On embarque à bord de yachts d’une vingtaine de cabines, de navires traditionnels ou de catamarans plus petits, d’une douzaine de places. Chaque jour compte quelques heures de navigation, une baignade au mouillage et, le plus souvent, une escale à terre. Certaines formules incluent les petits-déjeuners et les déjeuners à bord.
Les escales les plus fréquentes se suivent ainsi : Dubrovnik, Slano, Mljet, Korčula, Vis et la Grotte bleue, Hvar, Bol, Milna, Split, Trogir. En haute saison, Stari Grad remplace parfois Hvar, dont le port est plus limité. Les circuits varient, mais le plaisir reste le même : changer de décor chaque soir sans refaire sa valise.
Split : un café au pied du palais
Au réveil, la première chose que vous voyez depuis le quai, c’est une façade de pierre claire : le palais de Dioclétien, bâti entre 295 et 305 pour un empereur romain qui, en 305, abdique de lui-même, un geste rarissime. Une tradition lui prête une réponse célèbre à ceux qui le suppliaient de revenir au pouvoir : il ne quitterait pas un si beau jardin. C’est une anecdote, pas un fait prouvé, mais elle donne le ton de l’endroit.
Aujourd’hui, le palais est un quartier vivant, avec ses ruelles, ses cafés, ses boutiques et ses habitants qui font sécher leur linge entre les murs. Il est classé à l’UNESCO depuis 1979. Entrez depuis le front de mer, laissez la carte dans la poche et prenez le temps d’un café sur la promenade, face aux bateaux : c’est la meilleure façon de commencer.

Hvar et Stari Grad : une plaine tracée par les Grecs
Hvar passe pour l’île la plus ensoleillée de Croatie. Sa ville, avec ses ruelles et ses tavernes, est l’une des escales les plus vivantes de l’Adriatique. Mais prenez aussi le temps de rejoindre Stari Grad, de l’autre côté de l’île. Vers 384 avant notre ère, des colons venus de l’île de Paros y fondent la cité de Pharos et divisent la plaine voisine en parcelles rectangulaires, d’un peu plus de seize hectares chacune, que l’on cultive encore avec des vignes et des oliviers. On connaît même le nom de l’un d’eux, Mathios, fils de Pytheas, qui a gravé sa signature sur une borne. La plaine est inscrite à l’UNESCO depuis 2008.
Un verre de vin sur un muret de pierre sèche, au bord d’un champ dont le plan n’a pas changé en vingt-quatre siècles : voilà un moment que les guides oublient souvent de promettre.
Bol, Pučišća : un détour par Brač
Sur l’île voisine de Brač, la plage de Zlatni Rat, près de Bol, est l’une des plus célèbres de Croatie, et le village de Pučišća est connu pour ses tailleurs de pierre.
Korčula : la ville de Marco Polo (peut-être)
Korčula est une petite ville fortifiée sur une île du même nom, réputée pour son architecture vénitienne. Ici, tout le monde vous racontera que Marco Polo y est né, et on vous montrera même une maison. Aucun document ne le prouve, et la plupart des historiens le font naître à Venise, mais la légende a pris. Ce qui est établi, c’est que le 7 septembre 1298 une bataille navale opposa près de ces côtes la flotte de Venise à celle de Gênes, et que Gênes l’emporta. Selon la tradition, Polo fut fait prisonnier et dicta le récit de ses voyages à son compagnon de cellule, Rustichello de Pise. Vrai ou non, vous repartirez avec l’envie de le relire.
Mljet et Omiš : la nature et les pirates
Entre deux grandes escales, deux détours valent le coup d’œil. À Mljet, le parc national réunit cinq types de forêts, de nombreux oiseaux et deux lacs profonds, que l’on rejoint à pied par une balade. À Omiš, ancienne ville fortifiée, on évoque une riche histoire de pirates : les ruelles et les falaises se prêtent bien aux récits de flibustiers.
Dubrovnik : la promenade des remparts
Dubrovnik se découvre à pied. Commencez par les remparts : le parcours fait environ deux kilomètres, compte de nombreux escaliers et demande une heure et demie à deux heures. En été, partez tôt, car la foule peut vite rendre la promenade laborieuse, et achetez votre billet à l’avance (comptez une quarantaine d’euros, prix à vérifier). Depuis le chemin de ronde, vous dominez les toits de tuiles, l’eau et les îles Élaphites. Ensuite, flânez sur le Stradun, la grande rue de la vieille ville, et poussez la porte du monastère franciscain, qui abrite l’une des plus anciennes pharmacies d’Europe.
Pendant des siècles, la ville fut une république indépendante, rivale de Venise, dont la devise, Libertas, est encore gravée au-dessus de ses portes. La légende veut que la liberté ne se vendît pas pour tout l’or du monde. Les remparts ont été bâtis par étapes entre le XIIIe et le XVIIe siècle, et la ville est classée à l’UNESCO depuis 1979. Le téléphérique du mont Srđ offre une autre vue, et l’île de Lokrum, toute proche, une pause à l’ombre.

Vis et la Grotte bleue : cinq minutes de lumière
Dernier détour, et peut-être le plus beau : Vis. Pendant des décennies, cette île au large fut une base de l’armée yougoslave, fermée aux visiteurs étrangers jusqu’en 1989. Cet isolement l’a préservée du tourisme de masse. Vous y trouverez Komiža, un village de pêcheurs, d’où l’on rejoint en petit bateau, en quinze minutes, l’île de Biševo et sa Grotte bleue.
Elle porte son nom pour la lumière bleue qui l’emplit vers midi. On y entre par un passage étroit, ouvert, selon une source, depuis 1884 et praticable seulement par mer calme. En été, la visite est organisée avec des billets numérotés, ne dure que cinq minutes et peut obliger à attendre au moins une heure ; la baignade dans la grotte est interdite. Cinq minutes, mais celles dont on reparle à la maison. Vérifiez horaires et tarifs auprès des prestataires de Komiža avant de partir.
Si vous avez un jour de plus : Zadar
Plus au nord, Zadar offre un coucher de soleil dont on raconte que le cinéaste Alfred Hitchcock l’aurait jugé le plus beau du monde (aucune source primaire ne le confirme). Sur le front de mer, l’orgue marin, ouvert en 2005 et conçu par l’architecte Nikola Bašić, fait chanter les vagues à travers trente-cinq tuyaux sous les marches. Asseyez-vous, écoutez, attendez le soleil.
Les escales en un coup d’œil
| Escale | Ce que vous y vivez | Le détail qui fait rêver | Bon à savoir |
|---|---|---|---|
| Split | Un café au pied du palais | L’empereur qui préférait son jardin | Départ de nombreux circuits |
| Hvar et Stari Grad | Un vin face à une plaine grecque | Un plan vieux de vingt-quatre siècles | Plaine classée à l’UNESCO depuis 2008 |
| Korčula | Des ruelles fortifiées | La légende de Marco Polo | Naissance à Korčula non prouvée |
| Dubrovnik | La promenade des remparts | Libertas, la république indépendante | Deux heures, partez tôt, billet à l’avance |
| Vis et Biševo | La Grotte bleue | Cinq minutes de lumière | Billets numérotés, baignade interdite |
Quand partir et que mettre dans la valise
Juin et septembre sont souvent conseillés : moins de monde, mer agréable. En juillet et en août, la chaleur et l’animation sont à leur maximum, et les escales les plus fréquentées se remplissent vite. Prévoyez un chapeau, de bonnes chaussures pour les escaliers de Dubrovnik et de Split, une veste légère pour les soirées sur le pont et, si vous êtes sensible au mal de mer, un traitement conseillé par un médecin. La Croatie a adopté l’euro et fait partie de l’espace Schengen depuis le 1er janvier 2023, ce qui simplifie le voyage.
Et si le vent se lève ?
L’Adriatique a ses vents. Le maestral, brise de beau temps, se lève vers midi. La bora, froide et sèche, arrive brusquement du nord-est ; le jugo, chaud et humide, s’installe plus progressivement et laisse une houle persistante. Le capitaine peut alors changer de route et vous mener vers un abri : le programme évolue, et vous découvrez parfois une escale imprévue, souvent la meilleure.
Questions fréquentes sur les escales en Croatie
Faut-il avoir le pied marin pour une croisière en Croatie ?
Non. Sur une croisière à la cabine, un équipage conduit le navire. Les traversées sont courtes et les escales fréquentes.
Combien de temps dure une croisière classique ?
Sept nuits, entre Split et Dubrovnik ou entre Trogir et Dubrovnik, dans un sens ou dans l’autre.
Quel est le meilleur mois pour partir ?
Juin et septembre sont souvent conseillés pour la tranquillité ; juillet et août pour la chaleur.
Peut-on payer en euros ?
Oui, depuis le 1er janvier 2023. Gardez quelques espèces pour les petits ports et les restaurants.
La Grotte bleue vaut-elle l’attente ?
Beaucoup de voyageurs la citent comme un coup de cœur. En été, prévoyez de l’attente et vérifiez les horaires, car l’entrée dépend de la mer.
Marco Polo est-il né à Korčula ?
Aucun document ne le prouve. La légende locale est vivante, la plupart des historiens parlent de Venise.
Le dernier matin
Le dernier matin, vous remontez sur le pont avec votre café. La même pierre claire, le même bleu, mais vous savez maintenant ce que chaque île cache : un jardin d’empereur, un champ grec, une légende de voyageur, cinq minutes de lumière dans une grotte. Pour en garder un souvenir discret, parcourez nos bijoux marins et lisez la signification des bijoux marins : une ancre ou une boussole, et la croisière revient chaque fois qu’on la porte.